En cette fin de saison littéraire, quelques récentes sorties de livres québécois sont passées entre les mailles du filet. Avec l'arrivée de l'été, trois romans fort différents méritent qu'on s'y attarde.

Josée Lapointe LA PRESSE

Le charme discret du café filtre, premier livre d'Amélie Panneton, est un recueil de nouvelles qui a le même attrait que son titre: les histoires de ces locataires d'un immeuble de Québec sont douces-amères, parfois tendres, souvent cyniques, et s'insinuent doucement dans notre imaginaire.

Entre romantisme et pragmatisme, les personnages de ce livre écrit avec délicatesse et une émotion toujours retenue brandissent leur spleen et leur quête amoureuse comme autant de symboles d'une jeune génération en manque d'attaches. Les filles n'aiment jamais le bon garçon, les garçons attendant toujours la femme idéale, et si les amitiés sont parfois chambranlantes, c'est ce qui maintient toute la structure en place.

Le livre s'ouvre joliment avec une série de cartes postales adressées à des locataires de l'immeuble. Bonne idée: on ne les connaît pas encore, on tente déjà de deviner les liens entre eux, qui sont parfois ténus, mais jamais forcés. Amélie Panneton maîtrise parfaitement la narration de ces destins croisés qui, même s'ils sont présentés sous forme de nouvelles, se lisent presque comme un roman.

François Barcelo, lui, est dans un tout autre registre avec J'haïs le hockey. Fidèle à son ton humoristique très noir, il commence ce nouveau livre tambour battant avec un autre personnage de perdant naïf, Antoine Groleau, qui se trouve propulsé entraîneur de l'équipe de hockey de son fils après la mort de l'entraîneur régulier. Mais il déteste le hockey, n'y connaît rien et ne s'en cache pas: les deux premiers chapitres, dans lesquels il tente de se défiler, puis essaie de reconnaître les joueurs de son équipe et de les motiver lors de leur match, sont d'ailleurs hilarants.

J'haïs le hockey prend ensuite une tournure de plus en plus dramatique. Il est question de mort violente, de pédophilie, de loi du silence... Antoine Groleau, toujours à côté de la plaque et avec une grosse tendance paranoïaque, ne saisit pas tous les indices. Le lecteur comprend plus vite que lui que certains des jeunes joueurs - même son propre fils- ont vécu l'enfer avec leur ancien entraîneur, et que ce dernier ne serait pas mort de mort naturelle.

L'humour noir cède peu à peu la place au malaise, beaucoup à cause du décalage entre la perception de Groleau et la réalité. Un glissement pas toujours maîtrisé, surtout quand on aborde un sujet aussi sensible et peu risible. Mais François Barcelo nous assène une finale dramatique qui fait de J'haïs le hockey un roman beaucoup plus tragique qu'il en a l'air, et montre qu'entre la dérision et la sensibilité, l'auteur a fait son choix.

Pour ne pas mourir ce soir, premier roman de Guillaume Lapierre-Desnoyers, répond quant à lui aux critères classiques du polar. Nous sommes dans un été de canicule à Montréal, et le photojournaliste Carl White, qui travaille de nuit, fait son boulot sans enthousiasme... jusqu'à ce qu'il rencontre la charmante recrue d'un journal concurrent, Tania Ficanemo. Puis il débusque sans faire exprès le scoop de l'annéeen découvrant avant tout le monde que c'est le corps du ministre de la Justice qui gît par terre lors de la couverture d'un banal fait divers.

Pendant que Tania l'entraîne dans l'espionnage d'un restaurant fréquenté par les motards, la mort du ministre ressemble de moins en moins à un accident, et les informations privilégiées de la jeune femme les mènent sur la piste des assassins... jusqu'à ce qu'ils soient eux-mêmes pris en chasse. Ils deviendront alors les vedettes de la ville, publiant le feuilleton de leur cavalcade, photos à l'appui.

Il y a du Kenzie-Gennaro - célèbre duo de détectives privés des premiers livres de Dennis Lehanne - dans le couple formé par Tania et Carl. La même attirance, la même provocation, le même ton un peu baveux. Dans son parcours dans les bas-fonds de Montréal et l'analyse sociale qui en découle mine de rien, on reconnaît aussi un peu l'univers de Lehanne. Ce n'est pas nécessairement un défaut, et même s'il n'évite pas certains clichés, Pour ne pas mourir ce soir est mené avec énergie par un auteur au regard aiguisé qui a le sens de l'humour et de l'action.

Amélie Panneton

Les éditions de La Bagnole, 159 pages

*** 1/2

J'haïs le hockey

François Barcelo

Coups de tête, 128 pages

***

Pour ne pas mourir ce soir

Guillaume Lapierre-Desnoyers

Lévesque éditeur, 227 pages

** 1/2