«L'écriture d'un roman est une sorte d'attaque qui me frappe, un peu comme la grippe ou une mauvaise fièvre», affirme l'auteure canadienne Marina Endicott, rencontrée la semaine dernière à Montréal.

Sylvie St-Jacques LA PRESSE

Dans le restaurant de l'hôtel Delta Centre-ville, quartier général du festival Metropolis Bleu dont elle était l'invitée, Marina Endicott subit aimablement la ronde des entrevues. «J'ai déjà été éditrice dans un journal. Le job le plus difficile de ma vie!» confie l'auteure qui, dans cette vie précédente, a aussi été actrice, dramaturge et metteur en scène pour le théâtre.

Les éditions du Boréal publient ces jours-ci Charité bien ordonnée, traduction de Good to a Fault, second roman de Marina Endicott paru en 2008.

L'histoire de Charité bien ordonnée, Marina Endicott prétend l'avoir racontée un peu malgré elle. «La radio de CBC m'avait mandatée pour écrire une nouvelle. Je n'avais rien en tête et il m'a fallu réfléchir sur quoi je pourrais bien écrire. Je me suis alors souvenu d'un accident dont j'ai été témoin il y a une dizaine d'années. En tournant à gauche, une petite voiture très propre a frappé une vieille bagnole toute déglinguée. Celle qui se trouvait au volant de la voiture rutilante était une célibataire dans la quarantaine qui, après l'accident, en est sortie avec, dans les mains, des documents d'assurances. Mais du vieux bazou en décomposition est sortie une tribu nombreuse et agitée. J'avais l'impression d'assister à une explosion ou à l'émergence d'un volcan provenant de la chaussée!»

Une première version tirée de cet étrange incident est née de l'imagination de Marina Endicott. Mais cette dernière n'était pas satisfaite du sort réservé à Clara, son personnage principal, une quadragénaire qui prend en charge la famille de la maman accidentée qui, lors de son hospitalisation, apprend qu'elle a le cancer.

«J'avais l'impression d'avoir été injuste avec elle. Il m'était devenu très important de mener cet accident vers une tout autre conclusion, plutôt que de m'en tenir à la surface. Et ultimement, de poser la question: «Qu'est-ce qui nous motive à aider les autres?»

Les uns avec les autres

Clara Purdy est une célibataire de 43 ans qui travaille dans une compagnie d'assurances de Saskatoon. Cette femme se retrouve seule dans la vie, après avoir consacré des années à s'occuper de ses vieux parents.

La collision change sa vie. Habitée d'un profond sens moral, Clara décide de s'occuper de la famille qui avait fait de la vieille bagnole décrépite sa maison. Du jour au lendemain, elle se retrouve avec à sa charge une mère en chimio, trois enfants en bas âge et une grand-mère grincheuse.

L'empathie gratuite et spontanée étant le sujet central de ce roman de 400 pages, on a tendance à croire que Marina Endicott est habitée d'une profonde confiance en la bonté humaine. Mais c'est tout le contraire, précise la première intéressée. «Je suis toujours surprise par ces gestes irrationnels qu'accomplissent certaines personnes pour aider leurs prochains.»

La ville de Saskatoon est un autre des protagonistes de ce récit qui accorde une large place à des personnages d'enfants à la personnalité unique. Endicott voulait décrire la beauté de Saskatoon, où elle a vécu pendant 10 ans (elle est désormais établie à Edmonton).

«Saskatoon est un endroit magnifique et abordable, où il est facile d'être un artiste et de vivre humainement, c'est-à-dire posséder une maison, une voiture et aller à la rivière tous les jours, si vous le voulez. Cette ville a eu une grande influence sur moi. Bien que j'y sois allée comme étrangère, sa petite communauté m'a vite accueillie. C'est un endroit où les gens vous apportent à manger quand vous êtes dans le besoin, vous prennent à bord de leur voiture si vous êtes seul sur le bord de la route. En y vivant, je me suis rendu compte que j'avais peut-être tort de ne pas croire en la bonté de l'humanité.»

La charité est parfois dans l'ordre des choses...

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Charité bien ordonnée. Marina Endicott. (Traduction de Paul Gagné et Lori Saint-Martin). Éditions du Boréal, 400 pages.