Après des années de portraits et biographies, Georges-Hébert Germain renoue avec le roman historique. La fureur et l'enchantement, campé à l'époque des Patriotes, paraît la semaine prochaine.

Mis à jour le 26 févr. 2010
Daniel Lemay LA PRESSE

Il a traversé l'océan avec Christophe-Colomb puis suivi les coureurs des bois au-delà des Grands Lacs. Il a fait revivre les fantômes du Château Frontenac et les égéries du Musée des beaux-arts. Dans sa galerie de portraits s'alignent côte à côte Monica la Mitraille et René Angélil, Guy Lafleur et Céline Dion, Sol et Maman Dion.

Dans sa bibliographie, des contes pour enfants, des coups de coeurs et des commandes: 17 titres depuis 1982, celui-ci est son 18e. «C'est en fait mon 19e», corrige Georges-Hébert Germain, journaliste devenu scénariste et écrivain. «La liste ne comprend pas le livre que j'ai écrit comme nègre pour Céline Dion.»

Deux livres sur Céline, donc, un sur sa mère et un autre sur René Angelil, qui sort en France incessamment... «Oui, je suis le Velasquez de la famille royale québécoise», lance-t-il en évoquant le portraitiste attitré de la cour espagnole du siècle d'or. «J'ai eu beaucoup de plaisir à écrire ces livres-là, avec des moyens que je n'aurais pas eus autrement. Je ne regrette rien mais le cycle est terminé.»

Et Georges-Hébert Germain commence un nouveau cycle à 65 ans, avec un roman, son premier depuis Le Château (2001), intitulé La fureur et l'enchantement, fresque ambitieuse tant par l'importance de l'époque qu'elle veut décrire - les années 1837-38 de l'insurrection des Patriotes - que par le nombre et la densité des personnages historiques et romanesques envoyés dans l'action.

Sous l'oeil vigilant d'André Bastien, le patron de Libre Expression, son éditeur «et néanmoins ami» à qui il dédie d'ailleurs l'ouvrage. Et qui lui avait suggéré, à l'origine, d'écrire un roman historique sur la Société des 21. Ce groupe s'était donné comme mission d'aller «faire de la terre» au Royaume du Saguenay, territoire jusque-là «affermé», comme bien d'autres, à la Hudson Bay Company qui en tirait du bois d'oeuvre qu'elle exportait, air connu, au bénéfice et à la gloire de l'empire.

Germain est retourné à son établi et en a ramené ces 500 pages d'une histoire qui, dira-t-il, aurait pu en compter 8000... La Société des 21 et La Malbaie restent au centre d'une vaste trame où se bousculent les Shiners et les «cageux», ramène au souvenir commun ici une famille métisse du Manitoba, là une bande de Montagnais de Betsiamites. Et à peu près tout ce qui vit et survit dans le Bas-Canada: notables et paysans, loyalistes et patriotes, l'infâme McLeod de la Compagnie de la Baie d'Hudson comme Lord Durham, le favori du peuple sans histoire.

Peut-on parler d'une somme personnelle? «On peut dire ça. J'ai bâti ce livre avec la maîtrise que j'ai de certaines techniques romanesques et les connaissances historiques acquises dans mes recherches pour d'autres ouvrages.»

Héros «jeunes et désabusés»

Les héros, ici, sont «jeunes et désabusés face au cul-de-sac de l'époque». François Simard, 20 ans, aimant l'amour et l'action, un brin fendant, marche dans la même histoire que Philippe Aubert de Gaspé fils, personnage bien réel qui a écrit le premier roman en français publié au Canada: L'influence d'un livre ou le chercheur de trésors (1837).

Et comment se passe cette cohabitation des personnages historiques avec leurs contreparties romanesques? Après réflexion, l'auteur se déclare «plus fidèle» à ses personnages à lui qu'à ceux de l'Histoire, admettant d'emblée prendre certaines libertés... historiques. «Je ne sais pas si le fils Aubert de Gaspé a vraiment baisé avec une femme mariée de La Malbaie. Il faut juste que les gestes que l'auteur prête aux personnages réels soient révélateurs de ce qu'ils ont été.» Pas trop de décalage ici...

Et rigoureusement aucun en ce qui touche les trois Patriotes mis en action dans La fureur et l'enchantement: William Henry Scott, de Lorimier et Chénier y apparaissent «tels quels», dictionnaire biographique à l'appui. Ce qui n'empêche pas le romancier d'avoir son opinion sur l'Histoire: «Chénier, pour moi, était fou furieux. Il a coûté la vie à des dizaines de jeunes, à la bataille de Saint-Eustache.»

Fureur pour certains, mythe et enchantement pour d'autres.

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La fureur et l'enchantement. Georges-Hébert Germain. Libre Expression. 504 pages, 29,95 $. En librairie le 3 mars.