Le palmarès des ventes des librairies Renaud-Bray paraît tous les lundis. Hier, L'énigme du retour de Dany Laferrière avait repris la première place. Dans les formats poche, son Pays sans chapeau, paru en 1996, est aussi le livre qui s'est le plus vendu la semaine dernière.

Stéphanie Bérubé LA PRESSE

Le séisme en Haïti et les images du pays qui défilent sur les écrans depuis deux semaines ont donné envie aux gens de découvrir aussi la littérature haïtienne.

«On a senti ce phénomène très, très fort, confirme l'éditeur Rodney Saint-Éloi. C'est aussi une secousse pour le livre haïtien. Le séisme a eu une réplique, positive cette fois.»

Rodney Saint-Éloi est directeur de la maison d'édition Mémoire d'encrier et publie plusieurs auteurs haïtiens. Dans certains cas, il avoue que les ventes étaient très tranquilles. Puis, depuis deux semaines, des livres comme Une journée haïtienne et Gouverneurs de la rosée ont trouvé un nouveau public.

«Les gens considéraient la littérature haïtienne comme une littérature exotique, explique-t-il. Mais les Québécois sont devenus un peu haïtien, tout d'un coup.»

«C'est dans la littérature qu'on découvre l'intimité d'un peuple, poursuit l'éditeur, et présentement, les gens ont besoin de découvrir l'intimité d'Haïti. Ils veulent aller au-delà de ce qu'on voit à l'écran.»

Le cas de Dany Laferrière est particulier. L'énigme du retour a d'abord été très bien accueilli par les critiques à sa sortie. Le livre a ensuite raflé le prix Médicis, ce qui a assurément donné un nouveau souffle à ses ventes. «Comme on en voit rarement en édition», explique Serge Théroux, de la maison Dimédia, qui distribue le livre.

Puis est arrivé le séisme du 12 janvier. «Ce qui se passe en Haïti nous a rapprochés des Haïtiens. C'est normal que dans un cas comme celui-là, les gens se tournent vers la culture pour découvrir un pays», confie M. Théroux, qui s'occupe aussi des livres de Mémoire d'encrier et qui confirme l'engouement.

Pierre Foglia a avoué dans ce journal que Pays sans chapeau était son livre préféré de Laferrière, ce qui a certainement aidé grandement à propulser le livre à la tête du palmarès des ventes, estime Serge Théroux. Mais un livre comme Les années 80 dans ma vielle Ford, paru en 2005, se vend aussi davantage. «C'est un livre qui était resté secret, je ne sais pas vraiment pourquoi», raconte Rodney Saint-Éloi qui l'a édité. Maintenant, ça commence à sortir.»

Mémoire d'encrier publiera deux nouveaux titres de Dany Laferrière prochainement. Les libraires sont particulièrement intéressés.

La librairie Olivieri, du quartier Côte-des-Neiges, organise, quant à elle, une soirée lecture bénéfice le 5 février. Des auteurs qui devaient participer au festival Étonnants voyageurs à Port-au-Prince y seront. La librairie a donné beaucoup de visibilité à la littérature haïtienne depuis le tremblement de terre. Des présentoirs, une vitrine. L'effet a été spectaculaire: «Les gens nous demandent des suggestions, dit Yvon Lachance, copropriétaire de la librairie montréalaise. Ils veulent découvrir la littérature haïtienne, surtout les jeunes.» Une partie des ventes sera remise à des organismes qui aident le pays.