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Guillaume Corbeil : jouer avec les mots

Le roman Pleurer comme dans les films, du... (Photo: Bernard Brault, La Presse)

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Le roman Pleurer comme dans les films, du jeune écrivain Guillaume Corbeil, tourne résolument le dos à la réalité: «Pour moi, l'écriture, c'est comme résoudre des problèmes ou créer des constructions avec des blocs. C'est vraiment un jeu, avec une composante poétique, bien sûr.»

Photo: Bernard Brault, La Presse

Un an après avoir remporté le prix Adrienne- Choquette pour son recueil de nouvelles L'art de la fugue, Guillaume Corbeil publie un premier roman. Une histoire inventée qui révèle un imaginaire hors du commun.

En l'an 2000, Guillaume Corbeil avait 20 ans et n'avait lu qu'une dizaine de livres dans sa vie, incluant La gardienne II dans la collection Frissons. C'était un whiz de mathématiques qui trippait sur la musique des Unicorns, un groupe indie rock montréalais, et se destinait à des études en droit, au grand bonheur de ses parents.

En moins d'une décennie, Guillaume Corbeil s'est métamorphosé en écrivain. Après un passage de trois heures dans une faculté de droit, un brusque coup de volant l'a fait bifurquer vers des études de lettres. Il s'est inscrit au certificat en création littéraire à l'UQAM, a fait un bac, puis une maîtrise. A découvert Gombrowicz («l'enfer!») et Garcia Marquez. A écrit un premier livre, L'art de la fugue (L'instant même), qui a remporté le prix Adrienne-Choquette de la nouvelle 2009 et s'est retrouvé en nomination au prix du Gouverneur général, aux côtés de Marie-Claire Blais, Monique Proulx et Jean-François Beauchemin... Et vient de publier son deuxième roman, Pleurer comme dans les films (Leméac), une curiosité, un objet insolite, insolent, solaire, où il est question d'enfants qui vivent avec le poids des ambitions de leurs parents, d'amour aveugle et de vies fantasmées.

C'est peu dire que le parcours de cet auteur, né à Valleyfield en 1980, est atypique. «Je ne suis pas issu de la littérature, reconnaît Guillaume Corbeil, mais de mon propre «racontage», de ces années de pensionnat où j'inventais des histoires en faisant de l'impro. Je n'étais même pas très bon en français. C'est davantage le côté logique, ludique des maths qui m'a aidé dans l'écriture. Pour moi, l'écriture, c'est comme résoudre des problèmes ou créer des constructions avec des blocs. C'est vraiment un jeu, avec une composante poétique, bien sûr.»

Pleurer comme dans les films raconte l'histoire inouïe d'un jeune garçon hydrocéphale et d'une petite fille qui a deux trous à la place des yeux. Le garçon vit une vie inventée. Il est le personnage principal d'une fiction 100 % fabriquée par sa mère, qui le voit déjà remporter le prix Goncourt et qui, pour le préparer à son avenir glorieux, l'abreuve de biographies de grands écrivains. Quant à la petite Jade, elle vit à travers les yeux du garçon, qui lui décrit des paysages de rêve, des cités, des immeubles aussi délicats que ceux qui se retrouvent emprisonnés dans les boules à neige qu'elle collectionne.

Faux et usage du faux, histoires d'identités usurpées, de vies factices, d'enfants monstres, pas étonnant qu'Émile Ajar ne soit pas très loin. De fait, l'auteur fictif de La vie devant soi, avec qui le narrateur est à tu et à toi, habite à l'étage...

Comme ceux de Sébastien Chabot ou d'Éric Dupont, les livres de Guillaume Corbeil tournent résolument le dos à la réalité. Pleurer comme dans les films est en banlieue des littératures de l'imaginaire, aux antipodes du roman autobiographique. «Quand j'ai commencé à écrire, dit-il, l'autofiction était au centre de tout. Je ne comprenais pas que, soudainement, un événement raconté devenait pertinent uniquement parce que c'était arrivé pour vrai. Il y a une peur, une méfiance envers l'imaginaire. Peut-être qu'on a besoin de ce dénominateur commun: le vrai monde?»

Aujourd'hui, Guillaume Corbeil étudie l'écriture dramatique à l'École nationale de théâtre. «J'imagine qu'un peu de moi est incapable de devenir adulte, fait celui qui est toujours un indécrochable des défunts Unicorns. Mais il y a aussi que je voulais vraiment faire une école d'écriture. À l'université, on est beaucoup dans le discours sur l'écriture. J'avais besoin qu'on plonge dans mes textes. Qu'on les décortique.»

Mais il avait aussi envie de rejoindre davantage de gens. «Il y a quelque chose d'infiniment frustrant dans l'écriture de nouvelles et de romans. On met trois, quatre ans à travailler et au final on est chanceux si on a 300 lecteurs. Au théâtre, en une seule représentation, on peut rejoindre plus de gens.»

Dieu sait ce que son théâtre nous réserve. Et si les spectateurs embarqueront dans sa galère. Chose certaine, ce sera tout, sauf un voyage ordinaire.

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Pleurer comme dans les films. Guillaume Corbeil. Leméac, 150 pages, 18,95 $.

 




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