Gardons secret son nom de baptême pour entretenir le mystère.

Aleksi K. Lepage, collaboration spéciale LA PRESSE

 

Celui qui se fait appeler Zïlon, icône des années 80 qui s'est fait surtout connaître par ses graffitis, ses «signatures» laissées aux Foufounes électriques, sur les murs du Plateau et un peu partout, restera aux yeux d'une génération un pionnier de «l'art de rue» montréalais. C'est une sorte de mentor, précurseur du Tag. Et un artiste étonnant, versatile, resté «jeune» même s'il n'a plus 20 ans. C'est un grand plaisir de retrouver le vieux Zïlon dans les pages de cette bande dessinée hétéroclite, laquelle mélange le manga, le comics américain, l'esthétique goth et punk, dans l'esprit des publications marginales des années 80 et 90. Zïlon illustre dans ce Magnum 66 (Vol. 1: Le labyrinthe des mensonges) les écrits de la rockeuse Anik Jean. La collaboration est proche de l'osmose, et ce bouquin publié par Les Intouchables, bédé de noir et de blanc, oeuvre nihiliste et trash aux textes et aux dessins rugueux comme la fin du monde, rappelle les plus belles années de l'underground. On croirait d'ailleurs à un produit de cette époque de toutes les permissions. Le dessin et le scénario (écrit comme s'il s'agissait du journal intime d'une jeune femme plus ou moins psychotique et décidément vengeresse) sont inégaux. Mais ce Magnum 66, lequel emprunte un peu au cinéma (on pense à Tarantino, Takashi Miike, John Woo), respire l'enthousiasme et la bonne humeur, même s'il s'agit d'une oeuvre sombre et agressive. Zïlon est resté libre et fou, ça fait plaisir à voir.Magnum 66 Vol 1: Le labyrinthe des mensonges

Anik Jean et Zïlon

Les Intouchables 32 pages, 14,95$

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