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Chez moi, c'est la guerre

Jade Bérubé
La Presse

Avec l'arrivée du printemps souffle parfois un vent d'armistice venu du passé. Pourquoi ne pas en profiter pour inculquer à nos enfants le goût de la paix en leur faisant découvrir une autre réalité que la leur?

Pour un petit Québécois, lire un livre jeunesse qui traite de la guerre, c'est faire une incursion étrange dans un autre monde. Le texte, les illustrations, les ambiances, tout est étranger, tout est inconnu. L'auteure Fatima Sharafeddine l'a bien compris.

 

Son album pour les 3 ans et plus, Chez moi, c'est la guerre, aborde le sujet avec une tendresse et une désinvolture qui rassureront les tout-petits tout en leur ouvrant la porte sur le difficile sujet. On y suit une fillette qui a un papa, une maman, un petit frère, des grands-parents, des amis, une vie presque normale, quoi. Sauf que. Sauf que, parfois, l'école est fermée. Sauf qu'il y a tellement de bruit dehors qu'il faut parfois se cacher. On apprécie les illustrations naïves de Claude K. Dubois, qui donnent au livre une impression touchante de papier Kraft récupéré. Pas de happy end, pas de drame non plus. La vie, mais... ailleurs.

Toujours pour les tout-petits, L'étoile de Sarajevo, de Jacques Pasquet, met quant à lui l'accent sur le bouleversement des habitudes de la petite Amina, déboussolée devant la disparition de son parc, de sa bibliothèque, de son père, parti on ne sait trop où, combattre les monstres. L'enfant compare d'ailleurs les monstres d'alors (le tonnerre, par exemple) avec ceux d'aujourd'hui, plus terrifiants. Les illustrations de Pierre Pratt traduisent le chaos que vit la fillette tout en offrant le contrepoids de ses souvenirs, doubles pages lumineuses et ensoleillées. La fin ouverte permet toutes les interprétations, ce qui fera sans doute plaisir aux parents, laissés libres de choisir une finale selon le degré d'émotivité de l'enfant.

Le thème de la justice étant connexe, j'en profite pour vous glisser deux mots sur Le long voyage d'Henri, d'Ellen Levine, un album pour les 5 ans et plus qui raconte l'étonnante épopée de Henri «Box» Brown, cet homme qui, caché dans une caisse, a voyagé de Richmond, en Virginie, jusqu'à Philadelphie pour fuir l'esclavage. Assurément fascinés par les magnifiques portraits de Kadir Nelson, les enfants y découvriront la dureté de cette réalité qui apparaît aujourd'hui inconcevable à travers l'histoire vraie d'un homme vendu dans son enfance et dont on a vendu les enfants. Bouleversant et tristement éducatif.

Pour les 8 ans et plus, transportons-nous plutôt en Chine à l'époque de la Révolution culturelle de Mao avec Le piano rouge, d'André Leblanc, un livre plus difficile d'accès, certes, surtout de par sa littérarité, mais qui offre aux enfants une réelle expérience tant historique qu'artistique. Basé sur l'histoire vraie de la pianiste Xiao-Mei, cet album raconte comment une fillette pianiste réussit en 1975 à faire entrer clandestinement un piano dans le camp où elle est emprisonnée pour rééducation. N'utilisant que deux couleurs (le rouge et le noir) pour ses illustrations à l'acrylique, Barroux complète magnifiquement le ton impressionniste de l'auteur en collant sur ses oeuvres des extraits d'anciennes revues maoïstes, livrant ici un réel objet d'art.

Parlant d'objet d'art, les 9 ans et plus apprécieront sans doute l'excellent Chère Traudi, d'Anne Villeneuve (L'écharpe rouge), un album réalisé à l'image d'un carnet de notes et de croquis où un narrateur raconte son étonnante enfance en Hollande, l'arrivée des soldats allemands dans sa salle de bains, son dégoût envers eux puis son étrange attachement. Un livre superbe qui déjoue l'«axe du mal», relativise la haine avec beaucoup d'intelligence tout en ne masquant pas la réalité.

Roman

Pour les plus vieux, il ne faut pas louper l'excellent Sergent Jack, du Canadien Eric Walters, qui a imaginé la descente aux enfers qu'a pu vivre Roméo Dallaire à son retour du Rwanda. Ian, un jeune ado obligé de faire du bénévolat pour son cours d'éducation civique, se lie d'amitié avec un des clochards de la soupe populaire avant de découvrir que l'homme sous les haillons n'est autre qu'un ancien Casque bleu hanté par son impuissance à Kigali. Préfacé par Roméo Dallaire, le roman redore le blason des volontaires tout en soulignant ses paradoxes. Brillant.

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Chez moi, c'est la guerre

Fatima Sharafeddine

Mijade. 26 pages, 17,95$

*** 1/2

L'étoile de Sarajevo

Jacques Pasquet

Dominique et compagnie, 30 pages, 21,95$

***1/2

Libre, le long voyage d'Henri

Ellen Levine

Scholastic, 40 pages, 9,99$

***1/2

Le piano rouge

André Leblanc

Le Sorbier, 32 pages, 27,95$

****

Chère Traudi

Anne Villeneuve

Les 400 coups, 52 pages, 19,95$

****

Sergent Jack

Eric Walters

Trécarré, 302 pages, 24,95$

***1/2

 




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