Une vieille dame malade qui se donne la mort, laissant en héritage une série de cassettes qui racontent sa vie cachée, et les épreuves de son existence. Et voilà, vous avez la recette d'un roman de moeurs réussi. Nous savons que chaque famille a ses secrets, mais il me semble que la famille britannique recèle plus que sa part de cachotteries. C'est de toute manière l'impression que donne le dernier livre de Jonathan Coe, un écrivain bien établi sur la scène anglaise d'aujourd'hui.

David Homel, collaboration spéciale LA PRESSE

Nous débutons pendant le Blitz, un chapitre de la Deuxième Guerre mondiale durant lequel une grande quantité d'enfants a quitté la ville afin de se mettre à l'abri des bombes à la campagne. Parmi les jeunes exilés, nous découvrons la petite Rosamond et sa cousine Beatrix. Sur la ferme familiale de cette dernière, les deux vivent une relation fusionnelle, aiguisée par la menace de la mort, quoique c'est plutôt Rosamond qui vit plus profondément cet amour hâtif.

 

Cet amour «innocent» l'était moins pour Rosamond, qui finit par chercher l'amour chez les femmes - encore une fois, tout doit rester caché dans cette Angleterre d'après-guerre, où seules les apparences comptent. De son côté, Beatrix cherchera l'amour là où il n'est pas, chez des hommes insensibles, ou bien de basse qualité. Pendant qu'elle se dépense en toutes sortes de folies, Rosamond vit sa solitude. Voilà le grand thème du roman de Jonathan Coe: les femmes blessées par l'amour. Moi, je dirais que ce roman est plutôt la chronique d'une lignée de femmes qui ont appris à mal choisir. Quand on veut se faire mal, on trouve toujours des partenaires pour nous aider à le faire.

Rosamond révèle l'histoire de Beatrix, sa fille Thea, et Imogen, la fille de Thea, par le biais des cassettes et des photos qu'elle commente. Puisque ses révélations doivent attendre sa mort pour devenir publiques, la discrétion est assurée. Finalement, c'est le grand dessein de Rosamond: reconstituer le passé à Imogen. En ce faisant, la vieille dame rêve à posséder la jeunesse de la fille. D'ailleurs, mue par sa solitude, Rosamond essaie de se lier de plus près avec ses jeunes cousines, à la recherche de la tendresse, une tendance assez mal vécue par sa famille, qui l'accuse d'un amour contre nature.

La construction des cassettes et des photos est un peu lourde, un peu convenue, mais grâce au fort personnage de Rosamond, on parvient à oublier cet échafaudage. La fin du roman frôle le mystique, sans forcément l'atteindre, mais après la dernière page, la voix de cette vieille fille seule et digne continue à nous hanter. La famille anglaise a effectivement beaucoup de secrets encore à dévoiler.

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La pluie, avant qu'elle tombe

Jonathan Coe, traduit par Jamila et Serge Chauvin. Gallimard, 249 pages, 29,95$

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