Le personnage de Véronique le souligne à juste titre : le plus important legs de cette mobilisation que l’on a appelée le Printemps érable se mesure davantage dans l’éveil politique de toute une génération que dans les gains que la grève étudiante aura permis. C’est cet éveil dont Antonin Marquis trace le portrait dans La diversité des tactiques.

Publié le 2 juillet
Dominic Tardif
Dominic Tardif La Presse

Étudiant à la maîtrise en sociologie à l’UQAM, P-A ignore tout de ce que représente concrètement une grève, lorsque des centaines de milliers de ses collègues décident de contester la hausse des droits de scolarité annoncée par le gouvernement de Jean Charest, en désertant les salles de classe. Peu passionné par la rédaction de son mémoire, il trouve vite un sens à son quotidien en battant le pavé.

Son apprentissage euphorique de la lutte devient ainsi le prétexte à plusieurs chapitres reconstituant les moments majeurs de ce débrayage : la manifestation monstre du 22 mars dans les rues de Montréal, les affrontements entre étudiants et policiers en marge du Salon Plan Nord et les interventions musclées de l’antiémeute lors du Conseil général du Parti libéral du Québec à Victoriaville (lors duquel deux grévistes ont perdu l’usage d’un œil).

Antonin Marquis, qui a lui-même porté le carré rouge en 2012, reprend là où il avait laissé en 2017 avec son premier roman, Les cigales, dans lequel deux amis de longue date, au moment d’entrer dans l’âge adulte, observaient le fossé se creuser entre leurs visions du monde. Au-delà de sa précieuse valeur documentaire, La diversité des tactiques réfléchit donc à ce que cela signifie de s’engager, aux moyens qu’il est justifié d’employer afin de freiner le bulldozer du capitalisme et à la singulière adrénaline que génère le militantisme.

De facture réaliste, cette chronique d’un mouvement social historique abonde en descriptions (parfois superflues), mais donne rapidement vie à des personnages complexes, qui transcendent les points de vue qu’ils incarnent et qui parviennent tous à générer une forme d’adhésion, peu importe que l’on soit d’accord ou pas avec ce qu’ils défendent. Bien qu’il témoigne d’une époque précise, La diversité des tactiques pose des questions éternelles et inépuisables à qui le statu quo semble intolérable.

La diversité des tactiques

La diversité des tactiques

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352 pages

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