C’est une expérience peu documentée en littérature québécoise, mais pourtant commune, que celle de Stéfanie Tremblay, qui raconte dans Musique son apprentissage de l’ivresse des guitares et de la violence du monde, au cœur de la bouillante scène punk d’une petite ville.

Publié le 11 juin
Dominic Tardif
Dominic Tardif La Presse

« [D]e ma chambre noire / je ne fugue pas / archiver / prendre soin / commissaire de la couleur / collectionner nos pellicules / à s’en arracher l’ADN des cheveux », écrit l’artiste visuelle dans son premier titre à La Peuplade, une chronique de jeunesse aussi baveuse que mélancolique, pleine de la candeur crue d’une boîte de photos que l’on trouverait sous un lit. Plusieurs images prises au tournant du millénaire par la poète, à Jonquière, ponctuent d’ailleurs ce livre aux allures de fanzine de luxe.

Si elle explore les rituels qui l’ont aidée à apprendre qui elle est (premières relations sexuelles, drogues, longues soirées à regarder des gars imberbes mal jouer de leurs instruments dans des sous-sols de bungalows), la « princesse de la tambourine » en parle néanmoins avec la distance des années, lui permettant de percevoir les beautés et les tristes entraves d’une adolescence passée à fréquenter l’ennui.

Tout en se célébrant les mosh pits, « un espace où [elle] brise à la fois [ses] lunettes et l’anxiété », la « B. S. des mouches à queues » (!) se souvient ainsi avec une colère sourde du rôle de spectatrice ébahie auquel les filles étaient confinées dans ce microcosme qui promettait pourtant à tout le monde de pouvoir gueuler ce qu’il a à dire.

Sa voix, Stéfanie Tremblay l’habite complètement aujourd’hui, dans cet émouvant scrapbook traversé de bout en bout par l’espoir que la vie adulte demeure aussi intense que le martèlement d’une chanson des Wampas. La rumeur était fausse : les punks avaient bel et bien un avenir.

Musique

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La Peuplade

120 pages

7/10