On passe une grande partie de nos vies l’œil rivé sur un écran, grand ou petit. Qu’arriverait-il si on en était privé, si une panne majeure déconnectait l’humanité d’un seul coup ? Don DeLillo (Bruit de fond, Outremonde) s’est amusé à l’imaginer dans Le silence.

Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

Ce petit roman d’une centaine de pages débute dans un avion où Jim a l’œil vissé sur l’écran indiquant les informations du vol (vitesse, altitude, etc.), comme hypnotisé par ces données pourtant inutiles pour un passager. À ses côtés, sa femme Tessa écrit, tout en l’exhortant à dormir ou à regarder un film… jusqu’au blackout qui survient en plein ciel.

Sur terre, c’est jour de Super Bowl. Trois amis attendent Tessa et Jim. Un vieux couple – Max et Diane –, ainsi que Martin, un ancien étudiant de Diane. Ils tournent déjà en rond en attendant le début du match lorsque – pouf ! – tout s’éteint là aussi. Dépouillé de son point focal, leur petit rassemblement s’enlise vite.

Don DeLillo pousse sa logique jusqu’à l’extrême dans Le silence, où des humains condamnés à se faire face s’abîment dans le néant ou tentent de le meubler de mots qui ne veulent pas dire grand-chose. Ou ne trouvent écho chez personne. Il n’y a peut-être que Tessa et Jim qui, après une immense frousse, trouvent un sens à s’arrimer l’un à l’autre.

Il y a quelque chose de très théâtral dans ce roman, qu’on imaginerait très bien sur scène : c’est pratiquement un huis clos, qui repose en bonne partie sur les dialogues, même vides. Le « silence » du titre ne renvoie pas, en effet, à l’absence de mots, mais à celle du sens, à l’isolement des êtres et à la bouée de sauvetage que sont les écrans. Au dénuement dans lequel on se trouve sans eux.

Il y a de la sagacité dans cette démonstration par l’absurde, qui fait écho par la bande aux discours techno-anxieux et critiques des réseaux (sociaux, entre autres). Un certain humour, même. Le silence finit toutefois par tourner à vide. Mettre en scène l’ennui n’est pas la meilleure manière de l’éviter.

Le silence

Le silence

Actes Sud

108 pages

½