C’est l’écrivaine et professeure de littérature à l’Université Laval Sophie Létourneau qui a décroché le Prix littéraire du Gouverneur général, décerné par le Conseil des arts du Canada, dans la catégorie Romans et nouvelles, pour Chasse à l’homme.

Laila Maalouf
Laila Maalouf La Presse

« C’est un prix qui est donné par les pairs, donc, pour moi, de voir d’autres écrivains qui disent : ‟voilà, c’est le meilleur livre qui a été publié cette année”, c’est une grande marque de reconnaissance parce que c’est un livre sur lequel j’ai travaillé longtemps », nous a confié Sophie Létourneau au bout du fil depuis Québec, où elle habite. « Je n’ai pas écrit là-dessus tous les jours, mais à partir du moment où j’ai eu l’idée de ce livre et celui où je l’ai publié, il s’est écoulé 12 ans. Ça a été un long travail, et j’avais aussi l’ambition de renouveler le genre. »

Publié en mars 2020 aux éditions La Peuplade, Chasse à l’homme est le troisième titre, après Polaroïds et Chanson française, de l’écrivaine née en 1980 à Lévis. Il raconte en fragments sa quête pour trouver l’homme de sa vie, de Paris jusqu’en Asie, après qu’une cartomancienne lui a prédit que la rencontre viendrait avec son prochain livre.

Le roman a été finaliste au Prix littéraire des collégiens, en avril dernier, en plus de connaître un grand succès critique. Les chroniqueurs de La Presse Chantal Guy et Marc Cassivi l’avaient classé parmi leurs plus belles découvertes littéraires de 2020 et respectivement décrit comme un livre « drôle, vivant, brillant, délicieusement malicieux » et « une réflexion pétillante d’intelligence sur la place des femmes dans la littérature ».

Par son écriture qui s’intéresse au réel, Sophie Létourneau s’inscrit notamment dans la lignée de la Française Sophie Calle, qui a été pour elle une source d’inspiration.

La porte qu’a ouverte Sophie Calle — qu’on peut aussi écrire l’avenir, mettre en scène notre propre vie, lancer un coup de dés et voir ce qui va arriver pour ensuite l’écrire —, ce côté performatif de l’écriture, l’idée qu’on peut provoquer le réel pour ensuite raconter ce qui nous est arrivé, a été la grande illumination pour moi.

Sophie Létourneau

Sophie Létourneau espère que ce prestigieux prix littéraire ouvrira la porte à ses prochains livres, alors qu’elle travaille sur un récit inspiré d’interviews portant sur les scènes musicales de sa ville, Québec, dans les années 1990.

« Chaque année, les créatrices et créateurs d’ici repoussent les limites de la littérature, nous présentent leur vision du monde, nous surprennent, nous font réfléchir. Je salue le talent et l’audace des gagnantes et gagnants, qui nous prouvent une fois de plus que la littérature est essentielle à notre vie culturelle et citoyenne », a souligné pour sa part Simon Brault, directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada.

Les autres finalistes dans la catégorie Romans et nouvelles étaient Naomi Fontaine (Shuni), Marie-Pier Lafontaine (Chienne), Jennifer Bélanger (Menthol) et Marie-Ève Lacasse (Autobiographie de l’étranger). Les lauréats de 2020 ont exceptionnellement été annoncés avec quelques mois de retard cette année en raison de la pandémie. Le processus devrait reprendre son cours normal l’automne prochain.

Les gagnants des Prix littéraires du Gouverneur général se voient décerner une somme de 25 000 $ pour leur livre, alors que l’éditeur reçoit de son côté 3000 $ pour en faire la promotion.

IMAGE FOURNIE PAR LA PEUPLADE

Des gagnants dans sept catégories

En tout, 14 titres ont été choisis en français et en anglais pour chacune des sept catégories parmi les 70 finalistes de l’année 2020.

En poésie, la gagnante est Martine Audet pour La société des cendres suivi de Des lames entières, un recueil paru aux Éditions du Noroît. La Montréalaise, qui est membre de l’Académie des lettres du Québec depuis 2015, a reçu par le passé plusieurs récompenses pour son œuvre forte d’une douzaine de recueils de poésie. Elle a également déjà été finaliste au Prix du Gouverneur général à trois reprises, ainsi qu’au Grand Prix du livre de la Ville de Montréal.

Dans la catégorie Essai, Frédérique Bernier a été récompensée pour Hantises – Carnet de Frida Burns sur quelques morceaux de vie et de littérature, publié chez Nota bene, tandis qu’en théâtre, le vainqueur est Cœur minéral, de Martin Bellemare, paru chez Dramaturges Éditeurs.

En littérature jeunesse, dans la catégorie texte, le lauréat est Lac Adélard, de François Blais (La courte échelle), un roman pour adolescents qui a entre autres remporté le Prix jeunesse des libraires du Québec, en mars dernier. Du côté des livres illustrés, c’est l’album pour les 5 ans et plus Pet et Répète : la véritable histoire, de Katia Canciani et Guillaume Perreault (Fonfon), qui s’est démarqué.

Et enfin, dans la catégorie Traduction, c’est la version française d’Ocean (de Sue Goyette) — Océan — traduite de l’anglais par Georgette LeBlanc, de Moncton, au Nouveau-Brunswick, et parue aux Éditions Perce-Neige, qui remporte le prix.

Consultez le site des Prix littéraires du Gouverneur général