L’ex-juge à la Cour du Québec Suzanne Coupal va exercer, dès le 7 avril, la fonction d’écrivaine publique à Montréal. Un projet pilote de trois mois — organisé par l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal — l’amènera à aider des personnes ayant des besoins précis en communication écrite.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Très populaire en France et en Belgique, la fonction d’écrivain public consiste à fournir aux personnes qui maîtrisent mal l’écriture une aide gratuite si elles ont, par exemple, besoin de remplir des formulaires administratifs, d’écrire des lettres ou de se doter d’un curriculum vitæ. Des besoins qui se font sentir dans la province alors que 34,3 % des Québécois éprouvent de grandes difficultés de lecture et d’écriture, selon la Fondation pour l’alphabétisation.

Après avoir lu La papeterie Tsubaki, roman d’Ito Ogawa dans lequel la jeune Hatoko décide d’écrire « pour les autres », Suzanne Coupal a eu une idée… « Je savais qu’il y avait eu une série web, Écrivain public, il y a quelques années, basée sur le roman de Michel Duchesne qui raconte son expérience d’écrivain public dans Hochelaga-Maisonneuve, dit-elle. J’ai alors écrit au Réseau des bibliothèques de la Ville de Montréal pour leur demander si ce service existait comme ça existe en Europe et au Maroc. »

Son initiative a trouvé un bon écho dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, où il y a deux bibliothèques, celle en face de la station de métro Mont-Royal et la bibliothèque Mordecai-Richler, avenue du Parc. « Le Plateau-Mont-Royal a décidé de tenter l’expérience », dit Mme Coupal.

Il semble que bien des personnes aient manifesté un intérêt, et dans le quartier de la bibliothèque Mordecai-Richler, des personnes issues de l’immigration ne sont pas toujours à l’aise avec le français quand elles ont des documents à remplir. C’est normal. Je m’imagine, moi, arriver au Pakistan et devoir inscrire mon enfant à l’école. Je ne sais pas comment je m’y prendrais…

Suzanne Coupal

Suzanne Coupal veut faire profiter de son expérience professionnelle pour cette aide à l’écriture qui nécessite des notions de droit et de psychologie, beaucoup d’écoute, du vocabulaire et la capacité de déchiffrer des documents. Il y a d’ailleurs un cours d’un an à la Sorbonne, à Paris, pour former des écrivains publics. « Si j’aide quelqu’un à remplir son CV et qu’après il parvient à trouver un emploi, eh bien, ce sera formidable », dit la juge retraitée.

L’écriture publique peut aussi être une façon d’aider quelqu’un qui a une maladie l’empêchant d’écrire, ajoute Mme Coupal. Une personne âgée peut aussi vouloir envoyer un courriel à ses petits-enfants et ne pas savoir comment faire. « Et, bien sûr, il y a toujours la possibilité d’écrire des lettres d’amour, on ne sait jamais ! », dit-elle en riant.

Cette mission d’écrivaine publique se fera pour l’instant le mercredi, à partir du 7 avril, pour des rencontres virtuelles, compte tenu de la pandémie. Chaque personne intéressée sera aidée à la bibliothèque et aura droit à une heure d’entretien avec Suzanne Coupal.

« Je répondrai d’autres jours que le mercredi si c’est nécessaire, si j’ai besoin de plus de temps pour répondre à une demande particulière, dit-elle. Si l’expérience fonctionne bien, ce sera fantastique. Car finalement, c’est de l’aide sociale en prêtant sa plume. Un service important qui existe depuis fort longtemps et qui semble redevenir nécessaire. »

La peinture, autre passion

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Je marche seule, 2020, Suzanne Coupal, techniques mixtes, 92 cm x 92 cm

Parallèlement, l’ex-magistrate continue de s’adonner à son autre grande passion, la peinture. Elle exposera six grandes nouvelles toiles dans l’entrée du Cinéma du Parc en juin. « J’ai eu la possibilité d’y exposer et ça me fait plaisir, car c’est mon coin ! J’ai fait mes études à McGill et je restais sur le campus. C’est comme si je renouais avec mes 20 ans, je suis contente ! Et ça me permet de rejoindre un public différent. »

Son nouveau corpus s’intitule Je marche seule. Il est inspiré par les marches qu’elle effectue chaque jour depuis le début de la pandémie, par ses CD de musique classique et de ses chanteurs français préférés, dont Jean-Jacques Goldman, et par ses envies d’évasion. « Mes toiles évoquent la mer, le rêve, le départ, le voyage, dit-elle. Une peinture relativement joyeuse. On en a bien besoin ! »

Pour s’inscrire à une séance avec l’écrivaine publique, il faut appeler au 514 872-2141 ou communiquer par courriel.

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