Lettre à Benjamin est un objet littéraire très personnel, à la fois introspectif et brutal, où Laurence Leduc-Primeau couche sur le papier ce qui se meut dans l’ombre, innommé et innommable.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Benjamin, son compagnon, a mis fin à ses jours au début de l’année 2020 en se jetant dans le vide. Elle lui adresse cette missive, une longue lettre qui refuse de romancer la situation ou de transformer la mort et la souffrance en matière à fiction, mais qui épluche plutôt par circonvolutions les couches engluées de ce capharnaüm où elle se retrouve, noyée dans ce tsunami qui dépasse l’entendement, se dérobe à la raison.

« Tu es mort et je ne sais plus vivre. Et je me demande ce que t’avoir accompagné si loin, si longtemps, jusqu’au seuil de la mort, m’aura appris », écrit-elle au début de ce récit qui foule le territoire de l’intime, mais résonne par les questions universelles, parfois taboues, qu’il convie. À quel point peut-on sauver une personne aux prises avec des problèmes de santé mentale ? Quel rôle joue-t-on, malgré nos bonnes intentions, dans sa mort, et comment ne pas y laisser soi-même sa peau ?

Comment démêler tous ces fils empêtrés – le beau dans le laid, l’amour dans la mort – et accepter que, peu importe comment on remonte le cours des évènements, et même si on retourne toutes les pierres, le résultat restera, à jamais, le même : une irrémédiable absence.

L’autrice, qui a déjà publié en 2018 le microrécit Zoologie chez le même éditeur ainsi que le roman À la fin ils ont dit à tout le monde d’aller se rhabiller (Éditions de ta mère, 2016), témoigne dans la foulée d’un système qui ne sait que faire de ceux qui ne rentrent dans aucun moule, et la charge immense que portent ceux qui les accompagnent, seuls et sans ressources.

Elle écorche au passage cette petite boîte où l’on tente d’enfermer les endeuillés, les formules toutes faites vides de sens, cette société de performance et cette « culture du bien-être » qui contaminent tout, même la mort : « Mais crissez-moi patience avec vos pensées positives. […] J’entends chaque conseil comme une injonction, le martèlement de cette idée qu’il y aurait un chemin de bonheur au travers de la dévastation laissée par ta souffrance et ta mort […] – si seulement j’étais assez bonne pour réussir ton deuil sans exploser à mon tour. Et en plus – je suis tellement chanceuse – j’en sortirais de tout ça grandie », ironise-t-elle.

Un récit épistolaire poignant et vrai, éblouissant d’honnêteté dans sa brutalité, qui ne donne aucune réponse, comme la vie elle-même.

Si vous avez besoin de soutien, si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553) ou encore Tel-jeunes (1 800 263-2266). Un intervenant est disponible pour vous 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

IMAGE FOURNIE PAR LA PEUPLADE

Lettre à Benjamin, de Laurence Leduc-Primeau

Lettre à Benjamin
Laurence Leduc-Primeau
La Peuplade
112 pages
★★★½