Robert Lalonde a survécu, avec sa compagne, à l’incendie de leur résidence plus que centenaire il y a deux ans. Il en rend compte avec sensibilité dans La reconstruction du paradis. Le feu l’a ramené vers l’essentiel : ses amours, ses lectures. Son livre permet aussi de voir différemment l’incendie mondial qu’est la COVID-19.

Mario Cloutier
Collaboration spéciale

Les carnets réunis dans La reconstruction du paradis traitent beaucoup de la nature et du recueil Leaves of Grass de Walt Whitman, deux témoins du chemin entrepris par Robert Lalonde vers un nouvel éden terrestre. L’auteur et comédien y aborde également la question de la crise pandémique.

« Mes éditeurs chez Boréal trouvaient que ça pouvait donner de l’espoir aux gens isolés qui vivent difficilement le confinement et pour leur donner, peut-être aussi, le désir d’aller voir la nature, de s’en imprégner. »

« Comment va-t-on sortir de tout ça ? poursuit-il. Qu’est-ce qu’on va changer dans nos façons de vivre ? Je garde l’espérance qu’on va cesser de courir après quelque chose d’inatteignable pour voir ce qu’il y a autour de nous. Ça risque de durer assez longtemps pour qu’on en tire des leçons. »

Un livre tendre

Le recueil de Whitman, qui célèbre la vie et l’humanité, représentait pour Robert Lalonde le parfait compagnon d’écriture. Il s’agissait, en outre, d’un des rares ouvrages rescapés de l’incendie.

On n’écrit pas tout seul. On écrit parce qu’on lit. On fait même du travail d’imitation par moments parce qu’on admire certains écrivains qui conversent avec nous. Par temps de pandémie, je converse plus avec eux qu’avec n’importe qui.

Robert Lalonde

Ses carnets se composent de réflexions philosophiques, prose poétique, citations autres que celles de Whitman – Simone de Beauvoir, Jean Giono, Paul Éluard, entre autres – et descriptions du « grand théâtre de lumière » composé de flore et de faune, s’étirant autour de sa nouvelle maison en Estrie.

Dans son livre tendre, l’auteur dévoile une certaine fragilité, celle d’un homme qui a survécu à un drame, qui prend de l’âge aussi.

« Il y a la méfiance que j’ai de perdre les acuités de présence à la réalité, surtout quand je tends à être dans le souvenir. Mais lorsque l’incendie est arrivé et qu’on a changé de vie, cela a été une espèce de recommencement. Le poids assez accablant des habitudes disparaît soudainement. Il y a eu comme un allègement, une résurrection inattendue. »

Livres gelés

Devant la maison en ruine, il a vu les pompiers sortir ses milliers de livres en blocs gelés. Il a renoncé à les sauver, voyant plutôt l’occasion d’élaguer et de reprendre contact, comme il le faisait enfant, avec le monde autour de lui.

« Redécouvrir le désir que j’avais enfant à communiquer avec la nature en me sacrant un peu des conventions sociales. Cette épreuve m’a rapproché de ce qui m’a fait. Je suis plutôt à l’écoute maintenant, débarrassé des trucs qui pouvaient me peser. La nouvelle maison est magnifique. On est très chanceux de l’avoir trouvée avant la pandémie et la flambée des prix. »

Robert Lalonde a peut-être aussi le don d’être au bon endroit au bon moment. Comme il se remémore dans le livre : jeune hippie, il couchait sur la plage de Puerto Vallarta bien avant que la ville mexicaine devienne un « paradis » touristique.

Travail sur soi

Comme dans un journal intime, écrire des carnets c’est enquêter sur soi-même, exposer ses doutes existentiels même si, écrit-il, on échoue toujours à se connaître. Le travail de toute une vie, en somme.

Avec le côté harassant que ça comporte. On s’aperçoit qu’on héberge plus qu’une personnalité, qu’il y a plus qu’une entité à l’intérieur de nous.

Robert Lalonde

Son éditeur croyait qu’il utiliserait moins de citations après avoir vu ses livres partir en fumée. Au contraire, Robert Lalonde confie que la lecture l’a sauvé à l’adolescence et aujourd’hui. Comme il l’écrit : « Nommer n’est pas posséder, c’est connaître, reconnaître, c’est aimer, c’est célébrer. »

En prenant part à une fête où l’on déguste chaque nouveau moment. Une véritable joie que l’on connaît en lisant, en marchant avec le chien dehors, en sentant l’air des montagnes ou en admirant les chevreuils qui broutent tout près. En toute liberté.

PHOTO FOURNIE PAR LA MAISON D’ÉDITION

La reconstruction du paradis, de Robert Lalonde

La reconstruction du paradis
Robert Lalonde
Boréal
184 pages