Cofondatrice du restaurant L’Express en 1980, Colette Brossoit en a été la propriétaire jusqu’à sa mort en 2014. Bien connue du monde de la restauration montréalaise, la dame à l’élégante beauté cultivait aussi un jardin secret qu’on découvre dans ce livre publié un peu avant Noël.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

En effet, Colette Brossoit écrivait, beaucoup, et c’est à son amie Nadine Marchand, aujourd’hui directrice du festival Montréal complètement cirque, qu’elle a confié ces milliers de pages après sa mort.

Cette dernière a plongé dans les mots de son amie, puis s’est attelée à la tâche probablement difficile de faire le tri dans ces centaines de courts textes et de les ordonner pour en faire un livre qui se tient, à mi-chemin entre les carnets et le journal intime.

On découvre ainsi comment la jeune fille née à Beauharnois en 1951 a réussi à échapper à son milieu, ses études en théâtre, sa relation insatisfaisante avec sa mère, son besoin d’amour insatiable. Mais le cœur du livre réside ailleurs : Colette Brossoit écrivait poussée par une quête de sens, elle écrivait pour écrire, viscéralement, pour combler un vide, pour trouver l’essence, la sienne, celle de la vie, et cette quête semblait sans fin.

« Faire de mon impuissance à écrire ma force, l’objet même de mon écriture, est-ce folie, déréliction ? Courage ou lâcheté ? », écrit celle qui, sans surprise, s’identifiait à l’autrice italienne Goliarda Sapienza, dont le mythique L’art de la joie, écrit sur une dizaine d’années, a été publié après sa mort.

Il y a certainement une manière dans l’écriture de Colette Brossoit, un ton et un souffle qui appartiennent à la littérature, une intense soif d’absolu, des sentiments et des questions universelles qui dépassent l’anecdotique. Mais ce livre demeure une curiosité qu’on lit à petites doses pour ne pas être submergé par sa fébrilité, une expérience étrange et en dehors du temps, mais dans laquelle on finit par se laisser entraîner. Grâce à la sensibilité et au talent indéniable de Colette Brossoit, mais aussi grâce au travail patient de celle qui a été sa transmetteuse, son amie Nadine, qui livre quant à elle un magnifique témoignage d’amitié posthume.

★★★

Ne regrette pas ce qui se dérobe

Colette Brossoit

Boréal

232 pages