Quelques suggestions de bandes dessinées à découvrir.

Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

L’angoisse aéroportuaire du réfugié

  • Extrait deTrois heures

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    Extrait deTrois heures

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    Extrait deTrois heures

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Né en Iran en 1973, Mana Neyestani a été dessinateur de presse, puis illustrateur dans son pays natal avant d’être emprisonné en 2006, à cause d’un dessin pour enfants. Vivant en France depuis 2011, il a raconté l’histoire de sa fuite de l’Iran, puis sa vie de réfugié politique, dans plusieurs albums (notamment Une métamorphose iranienne) acclamés tant par la critique que par le public.

Son plus récent album, Trois heures, raconte comment même la plus banale des formalités — obtenir une carte d’enregistrement à l’aéroport d’Orly — peut tourner au cauchemar. Alors qu’il doit s’envoler pour Montréal, où il est invité à présenter son plus récent roman graphique, Mana Neyestani se retrouve coincé au milieu d’un imbroglio bureaucratique où il se bute à l’incompétence des employés de la compagnie aérienne. Son passeport pour réfugié et son visa, obtenus de haute lutte, sont pourtant en règle, mais rien n’y fait. Or, pendant qu’il patiente à côté du comptoir d’enregistrement et que son passeport passe de main en main, les minutes se transforment en heures. Pour le bédéiste, cette attente forcée est l’occasion de repenser son passé et de s’interroger sur son attitude de bon garçon dont il n’a jamais pu se débarrasser.

Avec son sens aigu de l’observation et sa capacité à rire de tout, et même de lui, Mana Neyestani réussit à puiser dans l’absurdité du moment pour démontrer avec finesse toute la précarité de la réalité de l’exilé, citoyen du monde perdu dans les limbes, loin de son pays natal et pas totalement chez lui dans son pays d’accueil. Un auteur drôle, intelligent et ô combien pertinent.

★★★★

Trois heures, de Mana Neyestani, Éditions cà et là/Arte Éditions, 126 pages.

L’adolescence malléable

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Couverture de Bouées

Adolescente, Catherine alimentait son moulin à rêves d’histoires inventées, romantiques de préférence. Elle s’est souvent endormie, bercée par l’image de bras masculins inconnus la sauvant d’un évanouissement soudain…

Mais dans la réalité, Catherine est une adolescente qui se cherche et qui est prête à bien des dérives (capillaires notamment) pour plaire.

Depuis la permanente jusqu’au crâne rasé en passant par la coupe courte peroxydée, Catherine cherche son identité (métalleuse ou country ?), mais surtout, des garçons pour nourrir ses fantasmes sentimentaux.

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Extrait de Bouées

Avec beaucoup de justesse et d’autodérision, l’illustratrice et auteure québécoise Catherine Lepage brosse un portrait de cette période de la vie où les décisions se prennent parfois sur des bases futiles, comme le regard des autres. Et où l’on s’accroche parfois aux mauvaises bouées pour ne pas sombrer…

Les lecteurs (surtout ceux qui ont eu 15 ans dans les années 1980) se reconnaîtront dans cette BD intimiste, où la vie d’ado est dépeinte avec son lot d’embûches amoureuses et de choix vestimentaires douteux.

★★★½

Bouées, de Catherine Lepage, éditions La Pastèque, 172 pages.

La tristesse primale

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Couverture de Moments extraordinaires sous faux applaudissements

Dans cet album au titre accrocheur, le bédéiste italien Gipi attache des ficelles entre des histoires qui semblent au départ disparates.

En effet, il est question ici d’astronautes coincés sur une planète hostile, d’un homme des cavernes incapable d’assurer sa descendance, d’un garçon lumineux et d’un humoriste au cœur sec au chevet de sa mère mourante.

Au fil des planches, le récit se précise, les émotions surgissent et l’universalité du propos éclate. Car cet homme incapable de parler à sa mère alors qu’elle se trouve au crépuscule de sa vie a beau vouloir tout enfouir sous le sarcasme, sa peine est prégnante…

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Extrait de Moments extraordinaires sous faux applaudissements

Et les échappatoires sont inexistantes. Gipi, sans conteste l’un des bédéistes italiens les plus acclamés sur la scène internationale, signe ici une œuvre coup de poing, parfaitement maîtrisée, aux nombreux méandres narratifs.

Une lecture intelligente et immensément touchante qui nous hante bien après que la dernière page soit tournée.

★★★★

Moments extraordinaires sous faux applaudissements, de Gipi, éditions Futuropolis, 168 pages.

Le Marsupilami revisité

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Couverture de La bête

Apparu en 1952 sous la plume de Franquin, le Marsupilami est un de ces héros de bandes dessinées qui sont imperméables aux modes et au temps qui passe.

À preuve : Zidrou et Frank Pé viennent de lui consacrer un très bel album dans lequel ils imaginent l’arrivée de l’animal à la queue démesurée en Europe, en 1955.

Vendu à des trafiquants d’animaux exotiques puis transporté par bateau jusqu’à Anvers, le Marsupilami réussit à échapper à ses gardiens pour aller se cacher en banlieue de Bruxelles. Son destin croisera celui de François, un garçon amoureux des animaux de tous poils…

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Extrait de La bête

Au scénario, Zidrou livre un récit efficace et touchant, quoiqu’un peu prévisible. Au dessin toutefois, Frank Pé brille avec ses cases empreintes de nostalgie, où Bruxelles-la-grise se révèle entre deux ondées.

Un premier tome qui réchauffe le cœur, malgré une certaine noirceur. Vivement la suite.

★★★½

La bête, de Zidrou et de Frank Pé, éditions Dupuis, 156 pages.