Représenter le Canada au prix Hans Christian Andersen – la plus grande distinction internationale en littérature jeunesse –, c’est l’honneur qui est fait à Angèle Delaunois. Autrice d’une centaine de livres, dont l’incontournable Le grand voyage de monsieur Caca (sur la digestion) et l’immense Parce que je t’aime (sur l’amour parental), Angèle Delaunois est aussi fondatrice des éditions de l’Isatis. Entrevue en quatre points.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Prix prestigieux

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Le grand voyage de monsieur Caca, texte d’Angèle Delaunois, illustrations de Marie Lafrance, éditions Les 400 coups

C’est la section canadienne de l’International Board on Books for Young People (IBBY) qui a choisi de présenter Angèle Delaunois au prix Hans Christian Andersen. Remis en alternance à un auteur, puis à un illustrateur, ce prix célèbre des créateurs dont l’œuvre a apporté une contribution significative à la littérature jeunesse mondiale. « Quand je l’ai appris, ça m’a scié les jambes, dit en riant l’autrice montréalaise. C’est vraiment extraordinaire. » Ce prix sera remis en Malaisie, en septembre 2022 – alors que voyager sera possible, on l’espère.

Angèle Delaunois a signé 102 livres, de l’album pour tout-petits à un premier roman pour adultes, La plume rouge, paru en 2020 chez Guy Saint-Jean Éditeur. « Je suis assez polyvalente, dit-elle. J’écris des choses qui sont drôles, mais la plupart du temps, j’écris pour faire réfléchir un peu. » Son travail a été traduit dans une dizaine de langues. « C’est très amusant de voir son livre publié en tibétain », illustre-t-elle.

Parcours étonnant

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Parce que je t’aime, texte d’Angèle Delaunois, illustrations de Marion Arbona, éditions Alice jeunesse

Née en Normandie, Angèle Delaunois a immigré au Québec en 1968. « Je vivais dans un milieu très modeste en France, qui ne me permettait pas de déployer mes ailes, résume-t-elle. À ce moment-là, la majorité était à 21 ans. À 21 ans, je suis venue au Canada, parce que j’en rêvais depuis longtemps. » Pourquoi le Canada ? « Mon anglais étant assez terrible, je me suis dit : “Je vais aller dans un endroit où on parle français”, répond-elle. Parce qu’il fallait que je gagne ma vie. J’ai trouvé un emploi tout de suite, chez un avocat. Je faisais les comptes. »

Angèle Delaunois a fréquenté l’École des beaux-arts, rue Sherbrooke. Là, elle s’est fait des amis. « C’est une période où j’étais vraiment fauchée, mais j’ai vraiment eu du plaisir », se souvient-elle. Décidée, elle a fait un baccalauréat en arts à l’Université du Québec à Trois-Rivières, puis un certificat en psychopédagogie, avant d’enseigner le français et les arts plastiques. Parallèlement, Angèle Delaunois était artiste visuelle, spécialisée en tapisseries murales.

Écrire par accident

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Kissou, texte d’Angèle Delaunois, illustrations de Jean-Claude Alphen, éditions D’Eux

L’écriture ? « Ç’a été complètement accidentel, répond Angèle Delaunois. J’ai rencontré mon compagnon et je suis revenue à Montréal. Il fallait que je me débrouille pour trouver un travail. Quand on commence une relation, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier, c’est la sagesse. »

Angèle Delaunois a travaillé pour l’Association des consommateurs du Québec, comme responsable des jouets et des livres jeunesse. « J’ai lu beaucoup, beaucoup de livres jeunesse, dit-elle. Je trouvais ça très chouette. À un moment donné, je me suis dit : “Je serais capable d’en écrire, moi aussi.” Comme une innocente ! » Angèle Delaunois a proposé un livre sur les oiseaux du Québec aux éditions Héritage. « J’ai commencé en 1988, quand j’ai eu ma fille », précise-t-elle. De nombreux autres livres ont suivi, en plus de postes chez des éditeurs.

L’aventure Isatis

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Je suis écolo !, texte d’Angèle Delaunois, illustrations de Philippe Béha, éditions de l’Isatis

Angèle Delaunois a fondé les éditions de l’Isatis en 2003. Spécialisée dans les romans graphiques, les albums et les documentaires engagés, la maison a remporté plusieurs prix. Deux exemples : La ville aux dos d’éléphants, un album de Christine Nadeau et de Camille Pomerlo portant sur l’histoire de Thetford Mines, a gagné le prix Hubert-Reeves 2020, tandis que le manifeste Pourquoi les filles ont mal au ventre ?, de Lucile de Pesloüan et de Geneviève Darling, a remporté le prix Espiègle 2018 des bibliothécaires scolaires du Québec.

L’Isatis publie aussi des titres rigolos. « En 2021, on va sortir Les oreilles de Chester, sur Chester Greenwood, un monsieur qui a vraiment existé et qui a inventé les couvre-oreilles, dit Angèle Delaunois. Il avait de grandes oreilles et il avait toujours froid quand il allait faire du patinage. Je trouve ça intéressant. » Elle-même a publié récemment Je suis écolo !, illustré par Philippe Béha chez l’Isatis. « Ça m’oblige à rester jeune, souligne Angèle Delaunois. Les gens de mon âge sont à la retraite. Moi, ça ne me dit rien du tout... »