Quelques suggestions de bandes dessinées à découvrir.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Thérapie de groupe, 1. L’étoile qui danse : atteindre l’inaccessible étoile

Grand retour de Manu Larcenet (Le retour à la terre, Blast), qui nous revient avec cet album introspectif autobiographique hilarant où il se met en scène en tant qu’« artiste fini », en panne d’inspiration. Dès les premières planches, il nous présente son alter ego Jean-Eudes de Cageot-Goujon, « mieux connu sous le pseudonyme de Manu Larcenet ». Bédéiste anxieux à la recherche d’une idée pour se relancer, qui n’hésite pas à solliciter femme et enfants pour avoir un « deuxième avis »… 

Un beau matin, un animateur radio lui rappelle cette citation de Nietzsche à propos de la création artistique : « Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse. » Et paf ! Voici notre Jean-Eudes ragaillardi ! C’est qu’il en a du chaos en lui, se dit notre artiste inquiet qui souffre de bipolarité.

S’ensuit une série de très bons flashes, qui s’inscriront dans cette quête de l’étoile qui danse. Parmi eux, les dialogues absurdes d’un roman photo baptisé Jean-Jacques & Bruno, l’aventure au bureau ou encore cette série futuriste d’une société dominée par les « joyeux drilles », qui fondent un parti réunissant tous les bons vivants, les bienheureux et les boute-en-train. Pourchassant tous les dépressifs et consommateurs de Xanax, arrêtés et expulsés « vers des endroits innommables ». Tous sauf un résistant, Jean-Jacques Prunier, le dernier dépressif en liberté (qui vit chez sa mère)… 

Larcenet nous entraîne aussi à travers ce délire dans le processus créatif des artistes à travers les âges. De la préhistoire à la Renaissance, avec des rencontres fabuleuses entre lui-même et Léonard de Vinci ou Paul Cézanne. Un album à l’humour absurde fabuleux où, mine de rien, le bédéiste se livre à nous comme jamais auparavant. Du Larcenet pur jus, sans filtre. Autre bonne nouvelle : une suite est attendue.

— Jean Siag, La Presse

IMAGE FOURNIE PAR DARGAUD

Thérapie de groupe, 1. L’étoile qui danse, de Manu Larcenet

★★★★

Thérapie de groupe, 1. L’étoile qui danse. Manu Larcenet. Dargaud. 56 pages.

Senso : la nuit où tout arrive 

Germano a toujours eu la poisse qui lui colle à la peau. Il a l’art de s’emmêler les pinceaux et de se retrouver dans des situations incroyables. Sa nuit à l’hôtel Zia Piera, par un temps caniculaire, ne fera pas exception. Privé de la chambre qu’il avait dûment réservée, invité de force au mariage d’un ancien camarade de classe, sans valise et sans souliers, il fait la rencontre d’une femme désinvolte et riante, Elena. Et s’il suffisait, pour attirer la chance, que Germano change son regard sur la vie et danse un peu sous les étoiles ? Un album réjouissant et sensible, signé par le bédéiste grenoblois Alfred, déjà salué à Angoulême pour Come Prima.

— Stéphanie Morin, La Presse

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DELCOURT

Senso, d’Alfred

★★★½

Senso. Alfred. Éditions Delcourt. 158 pages.

La guerre des autres, 2. Couvre-feu sur Beyrouth : sublimer la guerre

Près de 18 mois après la sortie d’un premier album graphique qui relatait sa jeunesse au Liban, 10 ans avant la guerre, Bernard Boulad nous revient avec la suite des évènements qui ont finalement mené la famille Naggar à l’exil. On retrouve avec plaisir tous ces personnages plus grands que nature (et pas du tout conventionnels pour l’époque). Édouard, qui tient une librairie francophone dans le quartier Hamra, sa femme Magda, qui fait du théâtre et qui est amoureuse de son ami (gai) Kamal, et leurs trois enfants, Serge, parti faire son service militaire, Yasmine et Alex, alter ego de Boulad, passionné de cinéma. La suite de leur quotidien est centrée sur les mois/semaines qui ont précédé le début de la guerre, en 1975. Boulad, qui refait équipe avec l’illustrateur Gaël Henry, montre bien, avec son dessin assez réaliste, comment la vie prend souvent le dessus en temps de guerre, surtout lorsque, comme les Naggar, on n’est pas nécessairement lié à une communauté. Il décrit aussi dans le détail le contexte ayant mené sa famille hors du Liban. Un exil souvent perçu par ceux qui sont restés comme une trahison. Un récit parfois un peu didactique, mais un portrait de famille exotique joliment brossé. 

— Jean Siag, La Presse

IMAGE FOURNIE PAR LA BOÎTE À BULLES

La guerre des autres, 2. Couvre-feu sur Beyrouth, de Bernard Boulad, Paul Bona et Gaël Henry

★★★½

La guerre des autres, 2. Couvre-feu sur Beyrouth. Bernard Boulad, Paul Bona, Gaël Henry. La Boîte à Bulles. 156 pages.

Écolila : fable écologique 

Voilà un bel album arrivé au Québec sans tambour ni trompette, mais qui n’a pas échappé à l’œil du jury du dernier Festival d’Angoulême, qui l’avait mis en lice pour son Fauve d’or du meilleur album. On y fait la rencontre d’un père, Parisien, dont la fille de 5 ans, Lila, habite désormais Mexico. Ensemble pour quelques heures trop vite passées, père et fille partagent, par les jeux et par les mots, leur amour réciproque de la nature. Or, comment transmettre des valeurs écologiques à une enfant alors que Mexico, l’une des mégapoles les plus polluées du monde, gronde et que la planète en entier semble sur le point de s’écrouler ? La réponse dans cet album éminemment touchant, porteur d’espoir. Une véritable pépite visuelle, très organique. 

— Stéphanie Morin, La Presse

IMAGE FOURNIE PAR ACTES SUD BD

Écolila, de François Olislaeger 

★★★½

Écolila. François Olislaeger. Actes Sud BD. 240 pages.