Dans Trois réveils, son premier roman qui sortira mercredi, Catherine Perrin raconte l’histoire d’Antoine, un élève en musique dont la vie est bouleversée par la maladie mentale. Six ans après Une femme discrète, récit dans lequel elle racontait la vie de sa mère, Catherine Perrin évoque cette fois les derniers jours de la vie de son père. Et nous parle du pouvoir consolateur de la musique. Rencontre.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

« Ce roman, c’est le mariage de deux projets », nous explique Catherine Perrin, qu’on peut désormais entendre le dimanche après-midi au micro de l’émission Du côté de chez Catherine, sur ICI Première. À la mort de son père, la claveciniste de formation avait en effet l’intention de rédiger un essai sur la musique. « Mon père n’a jamais joué un instrument de sa vie, confie-t-elle, mais il adorait la musique, elle jouait un rôle physique et émotif très important dans sa vie. C’est lui qui m’a transmis cet amour. »

À l’été 2018, Catherine Perrin avait déjà écrit une soixantaine de pages. « C’était des réflexions personnelles, je touchais aussi au domaine de la musicologie, et je voulais parler des bienfaits de la musique sur l’être humain. Sauf qu’à l’automne, coup sur coup, deux super livres sont parus : celui de Michel Rochon sur le cerveau et la musique, très encyclopédique et journalistique, et celui d’Isabelle Peretz sur les bienfaits de l’apprentissage de la musique. J’ai décidé d’abandonner mon projet. »

En parallèle, l’animatrice avait commencé à écrire des nouvelles inspirées d’observations qu’elle glanait en se rendant travailler à Radio-Canada. Les personnages souvent désorganisés qui hantent les alentours du métro Berri et du parc Émilie-Gamelin lui avaient fait une forte impression.

J’ai eu ce flash que je pouvais réunir ces deux mondes-là. Mon désir d’écrire sur la musique et cet intérêt, cette attirance, même, pour la maladie mentale, pour la vie dans la rue.

Catherine Perrin

C’est ainsi qu’est né le personnage d’Antoine, inspiré en partie d’un garçon que Catherine Perrin a croisé lorsqu’elle était élève au Conservatoire de musique. « Il a vécu une passe très difficile, maniaque, mais à l’époque, j’étais trop jeune pour comprendre ce qui se passait. Il a quitté le Conservatoire et je l’ai complètement perdu de vue. Je ne sais pas ce qu’il est devenu, alors j’ai brodé à partir de ça. Quant au personnage du père dans mon roman, ce n’est pas le mien, mais c’est effectivement la fin de sa vie que j’ai revisitée. »

L’obsession du détail

La santé mentale est donc au cœur de Trois réveils. C’est un sujet qui touche l’animatrice de près. « Je dédie mon roman à mon père ainsi qu’à Julien, un garçon que je connais et qui a vécu quelques années très difficiles, dit-elle. Ce qui m’a frappée chez Julien, c’est qu’il a eu la chance, je dirais même la grâce, de rester très lucide par rapport à son état. Il n’a jamais reçu de diagnostic officiel, et il a tout fait pour ne pas être une nuisance. Tout ce qu’il demandait, c’est qu’on n’attende pas de lui qu’il se conforme ou qu’il réponde à des attentes. Je trouvais ça très beau et très inspirant. »

J’avais envie de parler de santé mentale sans que ce soit une descente aux enfers. Ce n’est pas une mission que je me donne, et je ne suis pas angélique, mais j’ai un ressort optimiste naturel et l’attitude de Julien m’a inspirée.

Catherine Perrin

Est-ce intimidant, voire risqué, d’écrire sur les états intérieurs d’une personne bipolaire quand on ne l’est pas soi-même ? « À travers la musique, j’ai vécu des moments, j’ai frôlé des états liés au stress de performance, à l’obsession et à la compulsion du détail en musique, répond la claveciniste. Je pense que ça m’a permis d’intuitionner ce que ça peut être quand ça se met à s’emballer dans la tête… » La primo-romancière a tout de même vérifié certains détails avec un psychiatre qui travaille en première ligne à l’hôpital Notre-Dame, dans le quartier où évolue le personnage d’Antoine. « Il a validé tout ce que je souhaitais écrire et a même ajouté quelques dimensions. »

C’est toute une musique

Dans Trois réveils, on évoque également #metoo. La meilleure amie d’Antoine, qui évolue elle aussi dans l’univers musical, vivra une relation ambiguë avec un chef d’orchestre très en vue. Catherine Perrin voulait aborder ces zones grises que sont les relations amoureuses au sein des relations de pouvoir, mais sans prendre position. 

Bien sûr, j’ai vécu un moment semblable quand j’étais jeune. Qui n’a pas une histoire du genre ? La vérité, c’est que je ne peux même pas te dire moi-même si cette fille-là, dans mon roman, a été agressée. Et si ce que j’ai vécu moi-même était une agression…

Catherine Perrin

Heureusement, la musique adoucit les mœurs. Et enveloppe de son réconfort les personnages imaginés par Catherine Perrin. Antoine joue du hautbois dans le métro de Montréal, c’est son lien avec le monde extérieur. C’est aussi ce qui le relie à son père qui rend son dernier souffle au son de son air préféré. Comme une trame sonore, le roman est parsemé de pièces de musique et on trouve même une liste des morceaux cités à la fin. « Ce n’est absolument pas un livre pour mélomanes, assure toutefois l’autrice. Mais si les gens ont la curiosité d’aller écouter les pièces, tant mieux. »

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Trois réveils, Catherine Perrin, XYZ, collection Romanichels

Trois réveils
Catherine Perrin
XYZ, collection Romanichels 
176 pages
En librairie le 26 février