Comme elle est belle, la plume de Laurent Lemay, lorsqu’elle s’attarde à la laideur de l’existence et de la ville.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

En plongeant dans les recoins sales, glauques et miteux de Montréal, faisant écho au dégoût que le narrateur désabusé de Punaises ressent face à sa propre personne, le jeune auteur, qui signe ici son premier roman, réussit à créer une atmosphère légèrement cauchemardesque où règnent infestations multiples — oui, il y a (beaucoup) de punaises de lit dans ce livre — causant démangeaisons physiques et mentales.

Étudiant à l’université en cinéma et féru de films d’horreur, le protagoniste de Punaises traverse sa vie tant qu’il le peut, en marge, à la fois figé par une froide angoisse et fin observateur de la banalité et du grotesque inhérents à l’existence.

Entre la trahison d’un ancien ami et l’élaboration d’un plan de vengeance bancal, le retour d’une ancienne flamme et des visites à la maison familiale pour tenter d’aider sa petite sœur qui ne veut plus sortir de sa chambre, il raconte ce quotidien qui l’avale et le recrache, cette vie « d’marde courte et merveilleuse » qui défile sans but apparent et qui, à travers sa laideur, devient touchante dans sa beauté ordinaire et fragile. 

« Nos vies encombrantes glissaient sur la ligne jaune, quelque part sous le fleuve Saint-Laurent. Montréal allait bientôt nous avaler tout rond. Nos corps allaient se mêler à plus d’un million d’autres corps, comme du krill aspiré dans la panse d’une baleine bleue.

J’allais pouvoir me fondre incognito dans cette immense masse de corps, de voitures, d’asphalte et de buildings laids. »

★★★½

Punaises, de Laurent Lemay, Druide, 224 pages.