Dans une langue directe et simple, voire minimaliste, la romancière montréalaise Natalia Hero nomme dans Colibri (d’abord paru en anglais sous le titre Hum) le difficile processus de guérison suivant cet acte violent et traumatisant qu’est le viol.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

« Je me réveille nue, à côté de lui, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais je sais qu’il est entré en moi. » C’est ainsi que le lecteur fait la connaissance de la protagoniste, jamais nommée, qui, rapidement, verra jaillir de sa bouche un colibri qui la suivra partout de son vrombissement incessant.

Une touche de « réalisme magique », selon l’éditeur, qui permet d’incarner dans ce petit être tout le poids, la honte, la tristesse, l’incompréhension et la colère qui restent avec la victime dans « l’après ». Une période rarement racontée que l’autrice aborde avec délicatesse et justesse, en montrant toute la violence ordinaire que peuvent subir les victimes de viol de la part de leur entourage après un tel événement.

D’abord honni et caché, envahissant et agressif, le colibri est le miroir des sentiments que la protagoniste a de la difficulté à exprimer, porteur d’une identité fragmentée qui n’arrive plus à retrouver son unité. Peu à peu, le récit trace une ébauche de guérison et la lente réappropriation du corps à travers l’affection et le sentiment presque maternel que l’héroïne arrivera à développer pour son oiseau. Un récit qui fait beaucoup d’économie de mots, mais qui en dit tout de même des tonnes.

★★★½

Colibri. Natalia Hero. Marchand de feuilles. 136 pages.