Nombre de romans français et étrangers qui paraissent cet hiver revisitent les blessures du passé et brassent beaucoup d’émotions. 

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

Régler ses comptes. Avec son passé, sa famille, son milieu. C’est ce que font les auteurs et autrices que nous avons choisis pour présenter la rentrée littéraire française. Un exercice on ne peut plus subjectif, bien sûr, puisqu’il paraît 481 nouveaux titres en France seulement cet hiver. Et que nous ne les avons pas tous lus, bien entendu. Certains s’imposent d’eux-mêmes par les thèmes qu’ils abordent, ou parce qu’ils ont été écrits par des auteurs ou autrices que nous suivons depuis des années. D’autres ont tout simplement piqué notre curiosité.

Dans Le consentement, vous le savez sans doute si vous avez suivi l’actualité depuis le début de la nouvelle année, Vanessa Springora règle ses comptes avec son adolescence et les sévices dont elle a été victime, mais c’est tout le milieu littéraire et médiatique qui est éclaboussé. Et les répercussions de son livre – entre autres sur Gabriel Matzneff – sont loin d’être terminées. Elles ont même éclaboussé Frédéric Beigbeder qui était membre du jury du prix Renaudot essai remis à Matzneff en 2013. Depuis, l’écrivain dandy, qui fait lui aussi paraître un roman en forme de règlement de comptes cet hiver, a fait son mea culpa. Quant à Régis Jauffret, auteur prolifique, il revisite son enfance, dans Papa, et invente un père qui, dans les faits, était totalement absent.

Nina Bouraoui (dans Otages), par la bouche de son personnage Sylvie Meyer, règle ses comptes avec une société qui n’a aucune pitié pour les femmes : on les prend de force quand elles sont jeunes et on les jette quand elles sont vieilles.

On peut également inscrire Love Me Tender de Constance Debré dans la même perspective : celle d’une femme qui dresse le bilan d’un divorce et d’une liberté qui lui coûtent très cher sur le plan émotif.

Ces 10 romans que nous avons sélectionnés (sur l’écran suivant) parlent des rapports de force familiaux ou sociaux, de la place des femmes dans notre société, du rôle du père dans une dynamique familiale en pleine révolution. Ce sont des romans à la fois très intimes et universels qui résonnent avec l’air du temps, le mouvement #metoo et celui des gilets jaunes en France.

Un thème universel

PHOTO LEONARDO CENDAMO/LEEMAGE

Dans 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange, la romancière turque Elif Shafak parle de la vie des femmes turques, de justice et de liberté d’expression.

On retrouve également cette tendance dans quelques titres étrangers comme Pardon, d’Eve Ensler, dans lequel celle qui a écrit Les monologues du vagin imagine la lettre que lui aurait écrite son père, qui a abusé d’elle, s’il était encore en vie. Dans 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange, la romancière turque Elif Shafak parle quant à elle de la vie des femmes turques, de justice et de liberté d’expression, elle qui risque l’emprisonnement si elle retourne en Turquie. 

La dure réalité de ceux qui n’ont pas eu la chance de naître dans un État de droit est également abordée dans Boat-People de Sharon Bala, un point de vue canadien sur la crise des migrants. Encore une fois, les livres nous proposent des clés pour mieux comprendre le monde en changement dans lequel nous vivons.