Modèle vivant depuis 25 ans, Pascale Bernardin aurait puisé « à son sens aigu de l’observation, à son imagination indisciplinée et à ses racines haïtiennes pour écrire ce livre », son premier, souligne la maison d’édition en présentant ce surprenant objet littéraire non identifié, quelque part entre le recueil de nouvelles et le carnet.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Loin du stoïcisme et de l’immobilité qu’on pourrait naturellement associer au métier de modèle vivant, Bernardin dévoile un monde intérieur (sur)peuplé de créatures étranges et inquiétantes, de figures fantasmagoriques, de personnages improbables. Son écriture, indomptée et indomptable tel un cheval fou, convoque des univers surréalistes qui s’écroulent sur eux-mêmes avec fracas, teintés d’onirisme aux accents cauchemardesques, où rôdent les spectres et morts-vivants. Il faut s’y abandonner et plonger dans les mots et images qu’elle aligne de façon tout à fait étonnante et déstabilisante. Avec une liberté que rien n’entrave et qui se construit loin des dogmes et des impératifs d’un récit, elle enlève le filtre de la bienséance et montre l’humain et le monde tels qu’ils sont : barbares, sans foi ni loi, hantés par la mort et la destruction. « Je respirais à peine. L’air me manquait. J’y suis arrivée quand même en escaladant les corps morts et ceux qui s’appuyaient les uns contre les autres pour ne pas tomber. Nous étions à l’ère de la technologie moderne, mais je vivais à l’époque des barbares. L’ère des barbares est intemporelle », écrit-elle dans la nouvelle Le Baron du samedi soir. Mais c’est sans doute dans la dernière nouvelle, Les bruits ont des mots, qu’elle donne les clés pour ouvrir la porte de son imaginaire débridé. « J’écris sur tout, des textes, des phrases, des mots. Ça a un sens dans ma tête, des fois pas. Ça sonne. Certains textes sortent outrés. Ils me téléphonent pour me dire merveilleuse soirée hier, ou qu’est-ce qui t’a pris ? Je vis ailleurs, loin dans ma tête. Car on est plus sincère dans son for intérieur et plus près de soi […] J’ai l’impression de vivre ailleurs. Ici, c’est le passé, le maintenant est en fuite déjà, demain fait partie de l’histoire. L’ailleurs, presque le futur simple. » Pour sortir de ses pantoufles littéraires.

★★★½

Chroniques frigides de modèle vivant
Pascale Bernardin
Collection Martiales
Les éditions du remue-ménage
104 pages