L’album n’était pas encore sorti qu’il suscitait déjà de vives critiques. Trois mois après la controverse, la mairesse de Montréal lance enfin sa bande dessinée. Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique raconte la campagne d’une « femme ordinaire » qui tente de se faire élire comme conseillère municipale. Nous avons rencontré les deux coscénaristes, Valérie Plante et l’illustratrice Delphie Côté-Lacroix.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

On voit souvent des politiciens transformés en personnages de bande dessinée, mais rarement des politiciens « auteurs » de bédé. Surtout lorsqu’ils sont en fonction. La tradition veut plutôt qu’ils ou elles publient leurs mémoires une fois retirés de la vie politique. Valérie Plante a choisi de faire les choses autrement. Et pour la mairesse de Montréal, la bande dessinée était un choix « naturel ».

« Depuis que je me suis lancée en politique, en 2013, j’ai toujours mon carnet avec moi. Le soir, je prends des notes, je gribouille. C’est une de mes façons de ventiler », affirme Valérie Plante, rencontrée vendredi soir dernier, après sa journée de travail, dans les locaux de sa maison d’édition.

<em>Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique </em>

  • Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

    IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

    Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

  • Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

    IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

    Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

  • Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

    IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

    Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

  • Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

    IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

    Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

  • Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

    IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

    Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

1/5
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Quand je suis devenue mairesse, je parlais avec des gens de mon entourage de ce que c’était, être une femme en politique. J’ai confié à mon adjointe, Isabelle, que j’avais des notes, des dessins. Je lui ai montré certaines planches que j’avais déjà dessinées. L’idée a fait son chemin. Évidemment, je ne dessine pas bien – je fais des bonhommes allumettes –, alors on a cherché des illustratrices. J’ai tout de suite beaucoup aimé le style de Delphie. On s’est rencontré et on a eu envie de travailler ensemble. »

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Delphie Côté-Lacroix, illustratrice et coscénariste de Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

Le parcours de Delphie Côté-Lacroix est impressionnant : deux fois nommée pour le prix du Gouverneur général, elle l’a remporté en 2019 pour son album Jack et le temps perdu, scénarisé par Stéphanie Lapointe.

« Je n’ai pas hésité longtemps avant d’accepter, explique-t-elle. J’ai aimé la vibe de Valérie et j’aimais le message et les valeurs que ce projet portait. J’avais envie de les porter moi aussi.

Au-delà de la femme en politique, ça parle d’engagement citoyen. Je trouvais ça intéressant de parler de politique de ce point de vue là. Ça aide à démystifier la politique et ça peut encourager des gens à s’impliquer.

Valérie Plante, mairesse de Montréal et coscénariste de Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, coscénariste de Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

Des hauts et des bas

En couverture de Simone Simoneau, on voit une femme qui serre les dents en train de descendre des montagnes russes à La Ronde. C’est ainsi que Valérie Plante voit la politique ? « Au quotidien, la politique, c’est des hauts et des bas, confirme-t-elle en riant. On commence une journée sans savoir comment on va la terminer. Il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles, ça monte et ça descend, comme dans les montagnes russes… »

La vie de Simone Simoneau, elle, est plus paisible que celle de Valérie Plante. Mariée et mère de deux filles, elle décide de se faire élire comme conseillère municipale. Nouvelle, sans contacts dans le milieu, elle part vraiment de la base et gagne un appui à la fois. En ce sens, son histoire ressemble à celle de la mairesse. « Je me suis toujours impliquée socialement, j’ai fait du bénévolat, j’étais militante, dit-elle. Mais en me lançant en politique, j’entrais dans un univers inconnu. Un parti politique, c’est formaté, il y a des cases, des codes. Je suis rentrée là-dedans sans trop savoir [rires]. »

On suit donc Simone – Sissi pour les intimes – dans les coulisses d’une campagne électorale : la collecte de fonds, le porte-à-porte, les premières entrevues dans les médias. On est également témoins des obstacles qui attendent les femmes en politique : la conciliation travail-famille, l’importance qu’on doit apporter à son apparence physique, au ton de sa voix, les commentaires désobligeants… Tout ce qu’on classe désormais dans la catégorie « sexisme ordinaire ».

Ce sont des anecdotes que Valérie Plante dit avoir vécues. Alors pourquoi avoir créé le personnage de Simone Simoneau ? Pourquoi ne pas l’avoir écrit au « je » ? « Toutes les histoires partent de moi et de ce que j’ai vécu, reconnaît la mairesse de Montréal, mais j’avais envie de créer un personnage pour pousser certaines histoires plus loin. Ce n’est pas une autobiographie, il y a aussi des anecdotes racontées dans le livre qui sont arrivées à d’autres personnes dans le parti. C’est un mélange. »

Par contre, Valérie Plante assume complètement le féminisme de Simone.

Je suis arrivée en politique avec mes lunettes d’analyse de genre. J’évolue dans le mouvement féministe depuis très, très longtemps. Ça ne veut pas dire d’être toujours sur le ton de la dénonciation, mais plutôt d’être capable de faire une analyse de la situation et de se demander : “Qu’est-ce que je fais avec ça ?’’

Valérie Plante, mairesse de Montréal et coscénariste de Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

« Sissi n’est pas en confrontation, poursuit-elle, je n’avais pas envie de tomber là-dedans dans le livre. J’avais plutôt envie de montrer qu’on a beau être dans une société égalitaire, il reste quand même des écueils. »

Parlant d’écueils… En août dernier, Valérie Plante s’est attiré les foudres de nombreux commentateurs qui dénonçaient avec vigueur le fait que la mairesse d’une métropole ait le temps de s’adonner à la bande dessinée.

« J’ai trouvé ça humainement difficile, avoue-t-elle. Ça se veut un projet ludique, un projet d’amour envers l’engagement citoyen. Je pense qu’il y a des gens pour qui la bande dessinée n’est pas une forme d’art, ce n’est pas de la vraie écriture, c’est pour les enfants. Moi, j’aime la bédé, j’en consomme beaucoup et je trouve qu’il y a un certain mépris à son endroit. Peut-être aussi qu’à cause de la pandémie, les gens se sont dit : “Ah ben, elle a le temps de faire une bédé !’’ Mais moi, ma partie était terminée à Noël 2019. Oui, j’ai travaillé les soirs et le week-end, et je l’assume. »

En fin de compte, Valérie Plante assure que cette bédé est un projet où il y a de l’humour et de l’amour. « J’aimerais que ça donne envie aux gens de se lancer dans un projet même s’ils n’ont pas toutes les clés et tous les codes. Je revendique une certaine candeur : si c’est ça qu’on a envie de faire, on y va ! »

IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

Simone Simoneau – Chronique d’une femme en politique

Valérie Plante, Delphie Côté-Lacroix
Quai no 5 (XYZ)
102 pages