Les oiseaux ont toujours joué un rôle important dans l’œuvre d’Eric Dupont, dans des romans comme La fiancée américaine ou La route du lilas. Lorsque la pandémie a frappé, c’est auprès d’eux que l’écrivain s’est réfugié. Au lieu de se lancer de nouveau dans une longue saga familiale, il a trouvé du réconfort dans le fait de raconter de petites histoires sur ses oiseaux préférés et d’en faire un album illustré pour la jeunesse, Nos oiseaux.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

« Pendant les premières semaines du confinement, j’étais tellement abasourdi par tout ce qui se passait, j’étais tellement désorienté que la seule chose que j’arrivais à écrire, c’était ça, raconte-t-il en entrevue téléphonique. Et non seulement c’était la seule chose que j’arrivais à écrire, mais c’était une échappatoire, une sorte de fuite. Aller observer les oiseaux, on avait encore le droit. »

Il explique que les oiseaux ont toujours fait partie de sa vie.

« J’ai été initié à l’ornithologie à l’adolescence par ma famille, surtout par un oncle. Je continue à faire de l’ornithologie. Quand je suis en vacances, je sors avec mes jumelles, mes guides, j’écoute mes chants d’oiseaux pour les reconnaître. »

PHOTO ÉVA-MAUDE TC, FOURNIE PAR MARCHAND DE FEUILLES

Eric Dupont

L’année dernière, Eric Dupont avait évoqué l’idée de faire un album illustré. Connaissant son amour pour les oiseaux, son éditrice, Mélanie Vincelette, de la maison d’édition Marchand de feuilles, lui a suggéré ce thème. « Ça a traîné un peu et ensuite, quand le confinement est arrivé, c’est tombé à pic », se rappelle Eric Dupont.

Les premiers textes qu’il a écrits pour Nos oiseaux étaient toutefois plus scientifiques. « C’étaient des textes simplifiés pour la jeunesse, mais ils n’étaient pas très différents de ce qu’on pouvait trouver sur un site internet sur les oiseaux, comme celui de l’Université Cornell. Mélanie m’a dit qu’il faudrait plutôt que ça passe plus par le cœur, et elle avait raison. »

Il a donc donné une touche plus personnelle aux textes. Ç’a été l’occasion de rendre un hommage discret aux gens qui ont été importants pour lui, comme son oncle Jean-Rémi et sa grand-maman.

Ce livre est peut-être une invitation aux adultes qui voudraient avoir une influence positive sur quelqu’un qui grandit, qui voudraient l’amener en observation pour lui montrer son premier goglu des prés, lui faire entendre le chant de la mésange.

Eric Dupont

« Les gens peuvent penser qu’une proposition pareille serait rejetée par les ados, mais en fait, non, parce que c’est presque un moment sacré de communion », ajoute M. Dupont.

Nostalgie des contacts humains

ILLUSTRATION MATHILDE CINQ-MARS, FOURNIE PAR MARCHAND DE FEUILLES

Le chardonneret

Si l’écriture a été réconfortante, elle a aussi été un peu douloureuse. « Beaucoup des textes sont nés d’une profonde nostalgie que j’avais des contacts humains dans la nature, où deux êtres humains sont ensemble en train de s’émerveiller devant un phénomène naturel, devant quelque chose de très beau. Tout ça représentait ce que la pandémie m’avait enlevé, toute la beauté de la vie. »

Il souhaite toutefois que les textes ne transpirent pas la tristesse ou la nostalgie. « Je ne le pense pas. Mais ces sentiments-là m’habitaient quand j’écrivais, ça, c’est clair. »

Eric Dupont a fait face à d’autres défis pendant la rédaction. Il voulait donner de l’information sur le comportement des oiseaux, mais voilà, dans un livre destiné à la jeunesse, on ne peut pas nécessairement tout écrire.

ILLUSTRATION MATHILDE CINQ-MARS, FOURNIE PAR MARCHAND DE FEUILLES

La grive solitaire

« Certains oiseaux ont des comportements qui, aux yeux des humains, peuvent sembler violents. Comme le canard colvert, qui peut être très violent dans ses comportements reproducteurs. Il ne faut pas effrayer les jeunes face aux oiseaux, mais il faut aussi être franc. Il faudrait être capable de dire qu’un goéland peut être capable d’avaler les petits de son voisin parce qu’il est en guerre avec lui pour une raison de territorialité. L’équilibre est difficile à atteindre. »

Il a également fallu faire un choix parmi tous les oiseaux du Québec. « Le jeune devait pouvoir trouver plus ou moins facilement dans son environnement les oiseaux qui étaient dans le livre. »

Éric Dupont a ainsi dû écarter des oiseaux qu’il aimait beaucoup, comme l’effraie des clochers et le bihoreau. Il a quand même gardé le harfang des neiges, compte tenu de son importance : c’est quand même l’emblème aviaire du Québec.

La rédaction a été rapide : il fallait que l’écrivain fasse preuve de diligence dans l’envoi de ses textes à l’illustratrice, Mathilde Cinq-Mars, pour qu’elle puisse s’en inspirer pleinement. Ce qu’elle a fait, avec des dessins à la fois tendres et humoristiques.

Maintenant l’auteur a commencé à travailler sur un nouveau projet, un roman qui serait campé à la fin du XIXsiècle à Montréal.

« Mais je n’ai rien de concret pour l’instant, je vais continuer à faire mes recherches, indique-t-il. Le projet des oiseaux aura réussi à me remettre sur les rails, à me convaincre que j’étais encore écrivain, que la vie n’était pas finie, que la fin du monde n’était pas vraiment arrivée. »

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS MARCHAND DE FEUILLES

Nos oiseaux, d'Eric Dupont et Mathilde Cinq-Mars

Nos oiseaux
Eric Dupont et Mathilde Cinq-Mars
Éditions Marchand de feuilles
108 pages
Trois étoiles