Presque 10 ans après Dans mes yeux à moi, roman qui a donné naissance à la série télé à succès Olivier, Josélito Michaud est de retour avec Trois mois tout au plus. Un livre introspectif où son alter ego Olivier Dubreuil, maintenant âgé de 50 ans, part à la recherche de son père biologique alors qu’il ne lui reste que trois mois à vivre.

Stéphanie Vallet
Stéphanie Vallet La Presse

Pourquoi avoir choisi de reprendre l’histoire d’Olivier Dubreuil à 50 ans ?

On retrouve Olivier 32 ans plus tard. Quand on termine Dans mes yeux à moi, il a 18 ans, il a réussi à transcender les anniversaires et il s’en va vers la grande ville pour devenir quelqu’un, avoir une certaine reconnaissance dans les yeux des autres. Dans Trois mois tout au plus, il a 50 ans, il a eu sa reconnaissance, il est depuis 20 ans dans l’œil du public. Mais ça ne le satisfait pas totalement, du moins ça ne répare pas tous les maux. Pour moi, c’était très intéressant de le prendre là.

Olivier Dubreuil est-il toujours votre alter ego ?

Pour tout dire, moi aussi, j’ai un père enterré à New York. Et moi aussi, je me suis dit, confronté à la mort, que j’aimerais en découvrir plus sur lui. J’ai écrit sur la gloire, pas dans tout ce qui brille, mais dans tout ce que ça exige pour que ça brille. C’est toujours ce qui me fascine. Mon moteur de création, mon obsession, est de comprendre le rapport humain. Olivier est devenu un peu mon alter ego. Il y a des choses qu’il se permet de dire que je ne dirais peut-être pas. Je lui donne la parole que je n’avais pas quand j’étais tout petit. On ne peut pas écrire un livre semblable sans partir de soi. Quand j’écris, toutes les réflexions sur le métier, sur la vie, sur la mère et ses mensonges, je ne peux pas toutes les inventer.

La fiction est-elle une manière pour vous d’adoucir la réalité ?

Quand j’étais petit, je m’enfuyais comme lui dans l’imaginaire pour m’extirper de ce que je vivais et j’entendais. C’est possible que le fait de m’en aller en fiction me permette de dire toutes les vérités que je veux bien dire. Avec Dans mes yeux à moi, mon souci n’était pas de régler des comptes. C’était d’abord une lettre que j’avais écrite à mes enfants parce que j’avais des problèmes et je me disais que si je mourais à ce moment-là, je ne voulais pas que ces enfants se retrouvent à ne pas comprendre ma vie. Je leur disais : ne faites pas comme moi, n’acceptez pas que les adultes abusent de vous, vous terrorisent. Quand ma blonde a lu ça, elle m’a dit que je devrais écrire un livre complet. Dans le cas de Trois mois tout au plus, j’avais envie d’avoir quelque chose de lumineux.

Olivier a fait le tour du jardin comme interviewer. Qu’en est-il de vous ?

J’aime tellement ça. Mais j’avais besoin de m’arrêter pendant deux ans. J’avais tellement besoin de recul, de me poser des questions à moi-même. Je me suis rendu compte que les questions que je posais aux autres, c’était pour éviter de me les poser. Ça réconforte quelque part, ça permet de relativiser les histoires des autres. J’aime encore animer. Je ne referais pas un talk-show de fin de soirée. Mais pourquoi pas une autre saison de Josélito au cœur du monde ou revenir à la radio ? J’ai eu deux propositions en radio et je regarde si je reviens en janvier ou en septembre 2021.

Ce livre a été écrit en grande partie en temps de pandémie. Qu’est-ce que ça a changé pour vous ?

J’aime tellement d’affaires dans la vie qu’une de mes grandes craintes, c’est de manquer de temps pour les faire. Pendant la pandémie, je me suis donné le droit de reporter des choses, de revoir mes échéanciers. Ç’a été une grande révélation pour moi d’être capable d’apprécier les choses en ne menant pas plusieurs choses de front. Avec la COVID-19, j’ai pris le temps d’écrire mon livre. Quand tu es un hyper vigilant comme moi, tu oublies de vivre. Un jour, ma conjointe m’a demandé ce que j’aimerais écrire sur ma pierre tombale. J’ai répondu : « j’ai oublié de vivre ». Il y a des bouts où je n’ai pas vécu, j’ai survécu. Et maintenant, j’ai envie de vivre, intensément, mais en prenant le temps d’apprécier les choses.

Est-ce que ce livre a été écrit en pensant à une suite de la série télé à succès Olivier ?

Tous mes livres ont eu une seconde vie à la télé, en fiction, en émission ou en documentaire. Mais dans ma façon d’écrire Trois mois tout au plus, il y a quelque chose de différent. C’est plus structuré et on voit davantage les images. Il sera certainement adapté à la télévision, mais pas avant plusieurs années.

IMAGE TIRÉE DU SITE DES ÉDITIONS LIBRE EXPRESSION

Trois mois tout au plus, Josélito Michaud, éditions Libre expression, 256 pages

Vous écrivez en ce moment Le chaos, une série réalisée par Stéphan Beaudoin qui sera diffusée sur Club Illico l’an prochain dans laquelle on suit 10 jeunes adultes qui, lors d’un concert de leur idole, se retrouvent pris dans l’explosion d’une bombe placée dans la salle de spectacle. D’où vient l’idée de la série ?

J’avais envie de faire une série documentaire sur le monde des ados. Puis je me suis dit qu’il serait intéressant de reprendre leurs histoires et d’en faire des minifictions. TVA m’a demandé d’en faire une seule fiction. Ce qui m’intéresse, c’est le destin qui épargne, qui frappe, mais aussi qui sommes-nous avant un évènement, comment réagissons-nous avant et que devenons-nous après. J’aime beaucoup la perte d’innocence. Des étudiants s’en vont à la Polytechnique, sont heureux, s’en vont au party de fin de session et là, paf, arrive un évènement. Je veux comprendre cet état magique de grâce. Est-ce qu’on ne devrait pas l’étirer davantage ? On commence à tourner en début d’année prochaine. Il y a trois temporalités : avant, pendant et après, alors c’est difficile à écrire. Daniel Bélanger est en train de faire toutes les musiques de la série et Simon Morin, le chanteur.

Trois mois tout au plus, de Josélito Michaud, publié aux éditions Libre Expression.

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Josélito Michaud donnera une entrevue virtuelle le 14 novembre à 15 h dans le cadre du Salon du livre de Montréal.

> Consultez la page de l’entrevue virtuelle de Josélito