L’essai Le boys club, signé Martine Delvaux, a remporté le Grand prix du livre de Montréal, accompagné d’une bourse de 15 000 $.

Simon Chabot Simon Chabot
La Presse

« Ça me fait vraiment plaisir que ce livre-là, un essai féministe, remporte un prix important comme le Grand prix du livre de Montréal. C’est doublement, triplement, satisfaisant », a réagi l’écrivaine et militante féministe Martine Delvaux, lundi.

Dans son essai, l’auteure se penche sur la persistance des cercles de pouvoir masculins et sur la façon dont ils sont représentés dans la culture populaire (à la télévision et au cinéma notamment). Les éditions du Remue-ménage décrit l’ouvrage comme une invitation « à considérer l’entre-soi des hommes comme un phénomène régressif. Un dispositif à profaner, déconstruire, refuser ».

« Cet essai est une vigie, souligne le jury par voie de communiqué. Dans sa mire, il y a l’oppression patriarcale qui s’est pétrifiée en système et les comportements qui sont à l’œuvre dans une structure trop souvent invisible. […] Le boys club nous livre une déconstruction formidable par la quantité de ses exemples. L’effet pourrait être chagrin, mais l’ouvrage se clôt sur un souhait : l’invention d’une structure qui donne une place au corps de toutes et tous, qui donne une place à la vie. »

La sortie de l’essai, en octobre 2019, a suscité de nombreuses discussions. Particulièrement à la suite de l’annonce de la diffusion à Radio-Canada de la série Les mecs, décrite par le scénariste Jacques Davidts comme un « safe space » de gars de 50 ans. Dans une lettre ouverte, Martine Delvaux a dénoncé la série, jugeant qu’il y avait « quelque chose de risible, de pathétique dans une telle entreprise. On dirait un aveu : la fragilité du boys club est telle qu’il faut à tout prix colmater les brèches, boucher les trous, s’assurer de murs bien solides pour que ne puisse pas fuir la “masculinité”. »

> Lisez la lettre ouverte de Martine Delvaux

La diffusion de la série réalisée par Ricardo Trogi a débuté sur Tou.tv le mois dernier et Martine Delvaux s’en est à nouveau prise à sa pertinence. « Est-ce que ça fait avancer les mœurs, la société ? », se demandait-elle notamment en entrevue avec Silvia Galipeau après l’avoir visionnée.

> Lisez l’entrevue avec Martine Delvaux

Pour Martine Delvaux, c’est toutefois son passage à l’émission Tout le monde en parle pour présenter son livre qui mérite surtout d’être souligné. « Aller à la télévision à heure de grande écoute pour parler d’un essai féministe, ça, ça change tout », dit-elle.

« J’ai reçu beaucoup de messages de haine après la sortie du livre, mais globalement, je retire plus de positif que de négatif de cette expérience, ajoute celle qui est aussi professeure au département d’études littéraires de l’UQAM. Je continue de présenter le livre à des groupes de femmes, dans les cégeps et même les écoles secondaires… Il continue de se vendre, il est toujours pertinent. »

En plus d’une bourse, le Grand prix du livre de Montréal permet au lauréat de faire une tournée de promotion de son ouvrage à l’étranger, et lance la production d’une version audio du livre imprimé. Le livre gagnant, comme les finalistes (Dominoes at the Crossroads de Kaie Kellough, Les manifestations de Patrick Nicol, L’espace caressé par ta voix de Pierre Nepveu et Le Mammouth de Pierre Samson), se retrouvera aussi dans les 45 bibliothèques de la Ville de Montréal.

Cette année, le jury était présidé par le poète et écrivain Michael Delisle. Les autres membres du jury étaient Marie-Célie Agnant, écrivaine, Luke Langille, libraire, Karen Isabel Ocaña, traductrice, Pierrot Ross-Tremblay, professeur à l’Université d’Ottawa, et Chloé Savoie-Bernard, poète et autrice.