Après une quinzaine d’enquêtes au Québec, essentiellement autour du village fictif de Three Pines, l’inspecteur Armand Gamache doit résoudre une sombre affaire dans la Ville lumière.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« Je ne l’avais jamais fait sortir du Québec, indique l’auteure anglo-québécoise Louise Penny en entrevue. La série se déroule surtout dans un petit village des Cantons-de-l’Est, je ne voulais pas que ça devienne claustrophobique. C’était le temps de sortir. J’y ai beaucoup pensé, c’était un risque à prendre. »

Mais où transposer Armand Gamache ? Louise Penny a pensé à Haïti, où l’inspecteur aurait effectué quelque travail humanitaire, ou Londres, qu’elle connaît bien. Mais c’est Paris qui s’est imposé dans le 16livre de la série, Tous les diables sont ici, qui sort cette semaine.

Depuis le troisième livre, nous savions que son fils vit à Paris. Il était donc naturel d’y aller d’un point de vue narratif, mais aussi d’un point de vue de développement des personnages.

Louise Penny

Il y avait un autre avantage pour Louise Penny, une ancienne journaliste de la CBC maintenant installée dans les Cantons-de-l’Est. « Ça m’a donné la chance de visiter Paris à plusieurs reprises et de bénéficier de déductions d’impôt », indique-t-elle en riant.

Ça lui a aussi permis d’explorer le passé d’Armand Gamache, un passé qui passe par Paris. Tout enfant, il y a séjourné avec son parrain, le financier milliardaire Stephen Horowitz.

Justement, M. Horowitz joue un rôle central dans Tous les diables sont ici en subissant un attentat. Or, le personnage nous rappelle quelqu’un… Louise Penny le confirme : c’est bien le milliardaire montréalais Stephen Jarislowsky qui lui a servi de modèle.

« C’est quelqu’un d’inoubliable, commente Mme Penny. Il est intimidant, mais il est aussi charmant. C’est amusant pour moi d’apporter cela à Horowitz. Il est important qu’un personnage ne soit pas unidimensionnel. Tout le monde a ses forces et ses faiblesses. »

Elle était toutefois terrorisée à la pensée que le livre puisse déplaire à M. Jarislowsky. Surtout que c’est encore lui qui gère une partie des finances de Louise Penny. Heureusement pour l’auteure, Stephen Jarislowsky a bien aimé Tous les diables sont ici.

« Évidemment, il y a des choses qui ne lui sont pas arrivées et qui ne lui arriveraient jamais, mais il était capable d’en rire, commente Mme Penny. Il a apprécié le fait qu’il y ait beaucoup d’amour dans le livre, et notamment l’affection d’Armand pour son parrain Stephen Horowitz. »

Histoire de familles

La famille et l’amour sont effectivement au centre du roman. L’auteure s’attarde sur les relations tendues entre Armand et son fils Daniel. Or, les relations entre Armand et l’enquêteur Jean-Guy Beauvoir, maintenant son gendre, sont plus harmonieuses et coulent de source, ce qui n’échappe pas à Daniel.

« Mes relations avec ma mère ont parfois été un peu difficiles, raconte Louise Penny. J’imagine que ça peut être la même chose pour les relations entre père et fils. »

La parution de Tous les diables sont ici suit de très près celle de l’ouvrage original, All the Devils Are Here. Cela réjouit l’auteure anglo-québécoise. Rappelons qu’au tout début de sa carrière d’écrivain, les premières enquêtes d’Armand Gamache n’étaient même pas traduites en français.

Ça me brisait le cœur. Mes livres étaient disponibles en estonien bien avant d’être disponibles en français. Ça a pris du temps pour trouver la bonne maison d’édition. C’est maintenant chose faite avec Flammarion.

Louise Penny

Retour au calme

Il y a beaucoup d’action dans Tous les diables sont ici, beaucoup de suspense. Mais la prochaine enquête d’Armand Gamache sera un peu moins intense. « Je ne voulais pas continuer à augmenter la température parce qu’à un moment donné, ça devient ridicule, explique Louise Penny. J’ai alors décidé de faire une histoire plus intime, plus centrée autour de Three Pines. »

Elle a écrit le premier jet au printemps au Québec, pendant le confinement. Elle peaufine présentement le manuscrit à Londres. « Lorsque j’écrivais mes premiers livres, je pensais qu’il fallait que je sois au Québec pour être en mesure d’écrire. Je devais être sur un fauteuil particulier, avec un ordinateur portable particulier. Mais maintenant, je suis tellement familière avec les personnages, les lieux et les saisons que je n’ai plus absolument besoin d’être au Québec. »

Évidemment, elle s’est demandé si elle devait traiter de la COVID-19 dans ce nouveau livre, qui devrait paraître en septembre prochain. « Au début, je ne voulais pas mentionner la pandémie, en pensant qu’au moment de la parution, ce sera chose du passé et que les gens ne voudront plus en entendre parler. Mais c’est tellement quelque chose qui fait partie de notre vie que je dois la mentionner. L’action de ce nouveau livre se passe après la fin de la pandémie. Les choses sont revenues à la normale, mais il y a quand même des échos, des répercussions pour les personnages. »

En attendant, on peut suivre Armand Gamache à Paris, à la recherche de ceux qui ont agressé son parrain bien-aimé et qui continuent de menacer ses proches, sur un fond de scandale financier.

En librairie le 5 novembre

IMAGE FOURNIE PAR FLAMMARION

Tous les diables sont ici, de Louise Penny

Tous les diables sont ici
Louise Penny
Flammarion Québec
500 pages