Annuler la 43e édition du Salon du livre de Montréal ? Pour son directeur général, Olivier Gougeon, la question ne s’est « jamais » posée. L’organisation a travaillé d’arrache-pied pour offrir du 12 au 15 novembre une édition repensée, certes, mais qui veut garder l’esprit du populaire évènement, dont la programmation est officiellement dévoilée ce mardi.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

« Notre motto, c’est : on va de l’avant ! Le Salon du livre de Montréal (SLM), c’est une institution qui va au-delà du lieu et des activités. Notre mission est de promouvoir les livres, mais aussi la lecture, la culture comme bien fondamental de la société. Pour nous, c’était primordial que le salon ait lieu, peu importe sa forme », lance au bout du fil Olivier Gougeon.

Après une édition couronnée de succès l’an dernier, affirme M. Gougeon, l’équipe était « excitée de déménager au Palais des congrès et de lancer la programmation dans sa nouvelle forme ». Évidemment, le confinement annoncé au mois de mars a été un choc pour tous. L’avenir, tout à coup, prenait les teintes de l’incertitude.

Une offre repensée… et gratuite

C’est près de 100 000 personnes de tous les âges qui se rendent chaque année au SLM pour découvrir de nouvelles publications, rencontrer des auteurs, assister à des tables rondes ou participer à diverses activités. Comment reproduire cette expérience foisonnante virtuellement ?

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Olivier Gougeon, directeur général du Salon du livre de Montréal

Le Salon du livre de Montréal, c’est passer de l’acte intime de la lecture à un partage, se retrouver ensemble autour des livres. On ne peut peut-être pas reproduire tout ça, mais on peut porter autrement nos valeurs.

Olivier Gougeon, directeur général du Salon du livre de Montréal

Au cours des derniers mois, l’équipe a dû jongler avec plusieurs scénarios, raconte le directeur général : « L’image avec laquelle on a travaillé est celle des poupées russes. Si le salon tel qu’on le connaît n’existe pas, qu’est-ce qu’il y a en dessous ? On s’est demandé comment sortir le salon du salon, comment aller à la rencontre des Montréalais dans ces conditions. »

Premier défi : rendre les différentes activités virtuelles attrayantes. « La technologie permet de se faire rencontrer les gens, mais nous ne voulions pas de Zoom de cuisine », explique M. Gougeon. Pour ce faire, le SLM a décidé de travailler avec une équipe de tournage professionnelle. « Ce sont des gens qui ont une grande expérience dans le live et les spectacles de musique. Le but est d’avoir une signature très dynamique. »

CRÉDIT FRANÇOIS OLIVIER PHOTO FOURNIE PAR LE SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL

Réalisée en collaboration avec MassivART, une œuvre murale rassemblant des citations d’auteurs québécois a été installée sur la verrière colorée du Palais des congrès pour souligner cette édition du Salon du livre de Montréal.

Le « cœur de cette édition » est le volet des activités présentées en direct, en compagnie d’auteurs — dans le respect des règles sanitaires en cours, bien sûr. Tables rondes, cabarets et autres conférences seront enregistrés au Palais des congrès, un choix qui s’est imposé pour l’organisation, alors que le lieu devait accueillir l’évènement pour la première fois cette année.

Ces animations seront présentées sur la toute nouvelle plateforme web du Salon du livre de Montréal du 12 au 15 novembre, et ce, tout à fait gratuitement. « C’était important pour nous que ce soit gratuit. Notre slogan cette année est Ouvert au monde ; on invite tout le monde à découvrir le salon sous cette nouvelle forme », ajoute le directeur général.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Tremblay, qu’on voit ici au Salon du livre de Montréal en 2018, participera au volet « Confidences d’écrivains » cette année.

Aux tables rondes, cabarets et conférences s’ajouteront des confidences d’écrivains (Catherine Mavrikakis, Kim Thúy, Josélito Michaud, Michel Tremblay…) et des animations jeunesse. L’équipe a aussi préenregistré certains segments, dont des capsules vidéo consacrées à des auteurs québécois, qui occupent 95 % de la programmation cette année.

Tête-à-tête avec des auteurs

Une nouveauté qui sera sans doute prisée est l’occasion pour les gens de se prêter au jeu des rencontres virtuelles avec l’auteur de leur choix, une façon de reproduire à distance les populaires séances de dédicaces du SLM… et d’encourager la vente de livres.

Des auteurs comme Simon Boulerice, Pascale Navarro, Tristan Demers et Bernard Weber se prêteront au jeu. Il suffira pour les intéressés de choisir un des livres proposés et de réserver sa plage horaire — 5 minutes en tête-à-tête avec l’auteur ou 25 minutes en groupe réduit de cinq personnes. À partir de là, la personne sera dirigée vers un nouveau site partenaire avec leslibraires.ca, où elle pourra se procurer le livre sélectionné. Une fois l’achat fait, un lien permettant d’accéder à la séance de dédicace virtuelle sera envoyé.

Une entreprise montréalaise spécialisée en création de plateformes de rendez-vous, booxi, a développé ce projet pilote pour le SLM. « C’est vraiment nouveau, ça n’a jamais été fait de cette façon », assure M. Gougeon, qui voit d’un bon œil les innovations sur lesquelles a planché l’organisation. « On est aussi en train de bâtir pour l’avenir et on va apporter cette expérience avec nous, en créant de la diversité dans la façon dont nous parlons des livres. »

Des maisons d’édition absentes

Il n’y a pas d’invité d’honneur cette année au SLM — « C’est le public, notre invité d’honneur ! », lance M. Gougeon. La programmation, qui fait une place presque absolue à la littérature et aux auteurs d’ici, se déploie en cinq grandes thématiques dégagées par l’équipe pour cette édition, des thèmes « forts », ajoute-t-il, comme le féminisme, la pluralité des voix ou encore l’après-pandémie.

Une centaine de maisons d’édition québécoises ont accepté de participer à cette édition inusitée, dont Leméac, Héliotrope, Québec Amérique ou XYZ. Certaines ont préféré passer leur tour, par exemple les Éditions Somme Toute, Le Cheval d’août — qui vient de faire paraître le dernier de Fanny Britt —, La Peuplade et Boréal.

« L’éditeur considère qu’un salon du livre, c’est d’abord et avant tout une occasion pour les lecteurs de rencontrer et d’échanger en personne avec les auteurs, de bouquiner à travers les divers stands, d’assister aux tables rondes et d’avoir le plaisir de se faire dédicacer leurs livres. C’est pour cette raison que la plupart des grands salons du livre internationaux ouverts au public ont annulé leur édition 2020 », nous a expliqué par courriel Gabrielle Cauchy, attachée de presse pour Boréal.

« Ce ne sont effectivement pas tous les éditeurs qui ont choisi de participer, confirme M. Gougeon. Je respecte leur choix, c’est une année vraiment spéciale, et cette décision leur appartient. Cela dit, je crois cependant qu’ils manquent une occasion de promouvoir leurs auteurs et leurs livres. Mais mon souhait est que ce salon soit celui de tout le monde, de tous les livres, de tous ceux qui aiment la lecture, que vous participiez ou non en tant qu’auteur, éditeur ou lecteur. »

La 43e édition du SLM en chiffres

• 462 auteurs

• 102 maisons d’édition

• Près de 500 activités

• 70 animations enregistrées au Palais des congrès

• 90 capsules vidéo consacrées à des auteurs

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