Dans Né pour être vivant, Yann Fortier nous entraîne dans la folle épopée d’un succès musical instantané et planétaire. Un prétexte pour revenir sur les années 80 et sur le disco, deux grands mal-aimés du siècle dernier.

Nathalie Collard
Nathalie Collard La Presse

Il y a des gens qui ont l’imagination très fertile. C’est le cas de Yann Fortier. L’auteur de L’angoisse du paradis, pour lequel il a remporté le prix Adelf-Amopa de la première œuvre littéraire francophone, nous propose un second roman qui se situe loin, très loin de l’autofiction, tendance très présente en littérature québécoise.

Né pour être vivant raconte l’histoire fictive d’Antoine Ferrandez, interprète du succès planétaire Born to Be, or Not to Be (Born), un clin d’œil au véritable succès de 1979 , Born to Be Alive, du Français Patrick Hernandez.

« J’ai toujours trouvé ça fascinant, les one-hit wonders, affirme Yann Fortier, qui gagne sa vie comme rédacteur professionnel et comme directeur général de l’exposition World Press Photo Montréal. Je me suis payé une ride peut-être un peu égoïste en plongeant dans cette période, mais je la trouve fascinante. Quand tu regardes les titres des succès de l’époque, on dirait des slogans… Ça reflète l’insouciance de l’époque. La trame sonore du roman est le disco, mais ce qui se passait autour était assez intense. »

Autopsie d’un succès

S’il fallait décrire ce roman foisonnant, parfois burlesque, on pourrait évoquer le Français Frédéric Dard et son San Antonio, l’Espagnol Eduardo Mendoza et un soupçon de Virginie Despentes pour son personnage de Vernon Subutex. Vous voyez le genre ? Yann Fortier cite aussi comme influences Italo Calvino.

Dans Né pour être vivant, on suit donc les péripéties d’Antoine, de son producteur, Jean-Loup Van de Wiele, de son gérant, George Brassens, et d’une galerie de personnages tous plus colorés les uns que les autres.

Le récit des aventures d’Antoine, un antihéros qui connaît le succès presque contre son gré, est entrecoupé d’extraits d’une (fausse) entrevue que le chanteur accorde, au sommet de sa gloire, à l’émission Apostrophes de Bernard Pivot, un autre objet culturel marquant des années 80, et ce, autant en France qu’au Québec.

« Pour moi, cette période en a été une de découverte de la culture française », observe Yann Fortier, qui est originaire de Québec.

Dans la même journée, je pouvais écouter André Arthur et regarder un film avec Philippe Noiret. Cet amalgame entre la culture populaire et la culture avec un C majuscule m’intéresse et ça me tentait de faire le pont entre les deux.

Yann Fortier, à propos des années 80

Oui, il y a un petit côté nostalgique au roman de Yann Fortier. Mais il y a surtout une volonté de réhabiliter les années 80, période honnie qui, selon l’auteur, est une période très marquante de l’Histoire récente. « Je regarde tout ce qui s’est passé au début des années 80 et ça me semble plus révolutionnaire que l’arrivée de l’internet et du iPhone, dit-il. En fait, c’est une période fondatrice qui a vu la naissance d’éléments pivots de notre société : MTV, CNN, l’info en continu, la consécration des jeux vidéo, la fascination des écrans… C’est le début de quelque chose qui est quand même assez fondamental. »

Parlant du contexte sociopolitique de l’époque, Yann Fortier ajoute : « Ce n’est pas le propos du livre, mais je veux quand même souligner que ça allait pas mal moins bien dans le monde à l’époque qu’aujourd’hui, même si on essaie de nous persuader du contraire. On en entendait juste moins parler. La vérité, c’est que le monde n’a jamais été aussi en paix. »

Voyage, voyage…

Pour écrire son roman, Yann Fortier s’est autoconfiné avant l’heure : une première fois dans un studio au-dessus d’un garage sur une île au large de l’île de Vancouver (il y a pire !), et une seconde fois au chalet de son père. Deux périodes d’écriture intensives où l’auteur a écrit chaque jour de six heures à minuit.

« Je ne sais pas si je referais ça… », avoue-t-il en riant. Pour compenser, il a beaucoup fait voyager son personnage. En effet, Antoine Ferrandez se déplace beaucoup. De Paris à Istanbul, du Pérou aux Îles-de-la-Madeleine, les voyages dans Né pour être vivant laissent au lecteur et à la lectrice un goût doux-amer en temps de confinement forcé. « J’aime sortir des limites de mon territoire et, personnellement, j’aime ça être dans une aérogare, cet espace un peu hors du temps où j’adore observer les codes, les comportements », souligne Yann Fortier, parlant d’une époque qui nous semble « presque » aussi lointaine que celle des 45 tours et des jeux Atari.

PHOTO FOURNIE PAR MARCHAND DE FEUILLES

Né pour être vivant, de Yann Fortier

Né pour être vivant
Yann Fortier
Marchand de feuilles
489 pages