(Paris) Un court roman inédit de Simone de Beauvoir, Les inséparables, sort mercredi 66 ans après avoir été achevé, son autrice n’ayant jamais souhaité le publier, pour des raisons mal connues.

Agence France-Presse

L’écrivaine et philosophe y raconte, avec beaucoup de détail, sa relation pendant la Grande Guerre et les Années folles avec Elisabeth Lacoin (1907-1929) dite Zaza, et ici renommée Andrée.

Ce récit date de 1954, l’année de Bonjour tristesse de Françoise Sagan. Il aide à comprendre la formation intellectuelle de Simone Beauvoir, qui signa l’un des textes fondateurs du féminisme, Le deuxième sexe (1949). Et précisément l’influence de Zaza, évoquée plus brièvement dans Mémoires d’une jeune fille rangée (1958).

Andrée est une enfant qui effraie son monde par son indépendance d’esprit et sa franchise. Y compris la narratrice, Sylvie : « J’admirais sa désinvolture sans être capable de l’imiter ».

Dans ce roman à clef, Simone de Beauvoir se souvient combien elle se met à adorer sa condisciple, vouvoyée comme le voulaient les convenances. « Du jour où je vous ai rencontrée, vous avez été tout pour moi », lui déclare-t-elle.

Les inséparables offre le portrait de deux jeunes femmes de milieux différents, Zaza étouffée par un christianisme très conformiste et les aspirations de sa famille à un mariage digne de son rang, alors que la romancière, issue d’une famille désargentée, est libre d’étudier.

Derrière un autre personnage, l’étudiant qu’aime Andrée/Zaza, se cache Maurice Merleau-Ponty. À l’époque de l’écriture du roman, ce philosophe vient de rompre avec son camarade d’études Jean-Paul Sartre, à cause d’un différend irréconciliable sur le communisme.

Cela pesa-t-il dans le choix de Beauvoir de ranger Les inséparables dans un tiroir ? « On dit que c’est Jean-Paul Sartre lui-même qui a conseillé à Beauvoir de ne pas publier cette nouvelle, la considérant comme inaboutie et peu intéressante », écrivait samedi le philosophe Paul B. Preciado dans Libération.

> Consultez l’article de Libération

Sylvie Le Bon de Beauvoir, fille de l’autrice, pense que c’est plutôt elle qui a renoncé. Après plusieurs tentatives pour raconter l’histoire de Zaza, « cette ultime transcription fictive la laisse insatisfaite », affirme-t-elle en préface.