Est-ce bien vrai ? Un livre de fables, en rimes, façon La Fontaine, sur nos vies sentimentales et sexuelles, en 2020 ? Non seulement c’est possible, mais c’est vrai, coquin, intelligent, et ça fait surtout drôlement réfléchir. Quand la poésie remet les idées mal placées à leur place…

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Ça ne s’invente pas. Sophie Fontanel, chroniqueuse et auteure française à succès, vient en effet de publier un énième livre qui promet : Les Fables de la Fontanel, un recueil d’une trentaine de fables sur nos vies sexuelles contemporaines, question de comprendre à quoi elles peuvent bien rimer (au sens propre, mais surtout figuré).

De la Fable de l’homme qui tardait à répondre (sur le phénomène du fameux « ghosting », une plaie des réseaux sociaux que vous connaissez malheureusement sûrement) à la Fable de la femme qui vivait avec le roi des menteurs (qui se passe d’explications), en passant par celle du producteur qui croyait vraiment tout possible (ou l’art de faire rimer « ma puce » avec « suce »), Sophie Fontanel met ici le doigt, la plume et surtout la rime sur bien des plaies de nos (més)aventures sentimentales modernes.

Qui d’autre que l’auteure à succès, qui nous a fait ô combien réfléchir avec sa pause sexuelle (avec L'envie), sans parler de son audace à oser enfin le cheveu gris (Une apparition), pour faire rimer « a priori » avec « connerie », « pop-corn » et « YouPorn », ou encore « idée reçue » avec « mal au cul » ?

Parlant d’idées reçues, ce sont précisément celles-ci que Sophie Fontanel cherche enfin à déboulonner ici. L’idée ? En finir avec ces stéréotypes faisant notamment rimer « petite bite » avec « pauvre type », des idées qui perpétuent l’idée que l’homme (bien nanti) naît chasseur, la femme cueilleuse, et autres niaiseries, vous l’aurez compris.

Elle ne le cache pas : « Je suis sidérée de voir comment les gens réduisent les rapports humains et amoureux à quelques certitudes lapidaires », confie-t-elle en entrevue.

Ça me fascine à quel point les gens sont cruels ! Je les trouve d’un cynisme et d’une cruauté…

Sophie Fontanel, chroniqueuse et auteure

Cyniques, cruels, et surtout bourrés de préjugés, donc. « Je suis effrayée de voir que dans la société où les femmes se battent contre des préjugés, elles en ont tout autant au service des hommes. » Et vice versa, soit dit en passant. D’où l’idée à la fois originale et surtout efficace de mettre du « panache », dit-elle, dans des situations qui n’en ont pas.

Prenez la fable du « ghosting » : tout part ici d’un fait vécu. « J’étais confrontée à un homme qui ne répondait pas à mes textos et je trouvais que la situation devenait pathétique. » Nombreux se reconnaîtront ici. À la différence que de pathétique, l’affaire est devenue poétique, avec une fable juste et droit au but, sans parler de sa morale, pas tout à fait moralisatrice, mais plutôt drôle, toujours surprenante. Une phrase-choc qui bouscule gentiment.

C’est d’ailleurs l’objectif. Avec toutes ses fables, inspirées de récits entendus ici ou là – « je suis née en 1962, j’en ai entendu des choses ! » –, que ce soit celle sur la femme qui en avait par-dessus la tête des fantasmes des autres ou encore celle de la fille qui n’aimait pas qu’on lui présente des garçons, l’idée est ici de faire sourire et réfléchir, en chœur et à l’unisson. Pour cette dernière, la morale est d’ailleurs savoureuse : « La morale, c’est que s’il vous plaît, Laissez donc vivre les culs en paix ! » Qui dit mieux ?

« Les fables auraient pu être cyniques, mais elles ne le sont pas », précise Sophie Fontanel, éternelle rêveuse, aux antipodes du cynisme, justement. « Je continue d’être idéaliste, confirme-t-elle, alors l’idée, c’est plutôt de mettre les gens face à leurs contradictions, mais sans les braquer. Je veux les faire rigoler. Et je les amène avec moi… Ma morale, c’est de dire : nous devons sortir de la jungle ! On croit qu’on se rencontre, qu’on se désire, mais on se déteste ! La solution : en rire, de manière à pouvoir rester rêveur… »

C’est que Sophie Fontanel, aussi puissante soit sa plume (avec, à preuve, ce lapidaire « On va vite à critiquer Tout ce qu’on ne peut plus niquer »), n’a rien d’une militante. « Moi, je sais écrire, émouvoir, faire rire », conclut-elle. Et c’est précisément ce qu’elle fait.

À noter : le succès en France est tel que ses fidèles lecteurs ne cessent de lui envoyer des idées de nouvelles fables à explorer. Sophie Fontanel s’y est déjà attaquée et nous promet aussi un deuxième opus, sous peu ! À suivre.

IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

Les Fables de la Fontanel – À quoi riment nos vies sexuelles, de Sophie Fontanel

Les Fables de la Fontanel – À quoi riment nos vies sexuelles, de Sophie Fontanel. Robert Laffont. 84 pages.