Ça y est : chose promise, chose due. Le nouveau tome de la saga Twilight, attendu depuis plus de 10 ans maintenant, arrive en librairie mercredi. Midnight Sun, brique de 800 pages, qui s’adresse ici aux fans (et surtout aux fans), propose une relecture du tout premier opus, cette fois du point de vue du vampire (Edward, porté par Robert Pattinson au grand écran). Détracteurs s’abstenir.

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Précisons-le d’emblée : si cette version du récit ne vous dit rien (une relecture, bref, du réchauffé, quel intérêt ?), sachez qu’elle est néanmoins attendue de pied ferme, c’est le moins qu’on puisse dire, depuis des années maintenant, par plus de 100 millions de lecteurs, des quatre coins du monde.

La saga, signée Stephenie Meyer, rappelez-vous, qui s’est déclinée en quatre tomes (Fascination, Tentation, Hésitation, Révélation), avant d’être transposée au grand écran (avec Twilight, en cinq films, portés par le couple chouchou que sont devenus Kristen Stewart et Robert Pattinson), a été traduite en plus de 30 langues et est considérée non seulement comme un véritable phénomène littéraire, mais surtout un gigantesque succès commercial (lequel n’a rien à envier au succès d’autres sagas du genre, pensez Harry Potter ou Le seigneur des anneaux).

Or, l’autrice, qui s’est fait connaître avec Fascination, son tout premier livre (n’en déplaise à Stephen King, qui lui a reproché de ne pas savoir écrire), avait promis depuis le début cette relecture. En 2008, une douzaine de chapitres de Midnight Sun avaient même coulé illégalement sur le web, ce qui, selon toute vraisemblance, lui avait coupé sec l’inspiration. Des années durant. Douze ans plus tard, donc, voici enfin cette ultime (parce que ce devrait être la dernière) version. « Ce livre est dédié à tous les lecteurs qui ont fait partie de ma vie avec tant de bonheur ces 15 dernières années », écrit-elle aussi, en guise de dédicace.

IMAGE FOURNIE PAR HACHETTE

Midnight Sun, de Stephenie Meyer, Hachette, 798 pages

Confidence : nous l’avons lu en avant-première, pour vous. Verdict ? Permettez l’évidence : mais c’est beaucoup trop long. Même pour les mordus (sans jeu de mots). L’autrice, en entrevue au New York Times, ne s’en cache d’ailleurs pas. L’écriture a été longue, avoue-t-elle. Ardue. Disons que l’accouchement n’a pas été fluide. Et ça se sent par moments. Maintes répétitions sont inutiles. Un petit (!) resserrement n’aurait pas nui. D’autant qu’elle propose ici peu de nouvelles scènes. Mais simplement un nouvel angle.

Tout sur Edward

Cela étant dit, le contenu, maintenant, est tout sauf inintéressant. Rappelons pour les profanes que le premier chapitre (Fascination) raconte la rencontre entre Bella, adolescente de 17 ans, et Edward, énigmatique vampire. Une relation que plusieurs critiques ont d’ailleurs jugée abusive (Edward épiant Bella jour et nuit). Certes, a répliqué l’autrice, mais c’est avant tout « une fantaisie ». Si cela vous a irrité, passez votre tour. Parce que Midnight Sun en remet, et présente exactement la même histoire (aux dialogues près, nous avons vérifié), mais du point de vue d’Edward, tout à coup nettement moins énigmatique, et étrangement plus humain, si vous me passez l’expression. En tout cas, moins inhumain.

L’intérêt, pour les fans, est ici évident : enfin, les humeurs changeantes du mystérieux personnage sont ici élucidées. Pourquoi diable était-il si froid ? Si impulsif ? Que faisait-il donc quand il disparaissait des journées de temps dans les bois ? Vous saurez tout. Et plus encore.

En effet, Midnight Sun nous en apprend aussi sur son passé, sa famille, son clan. Quoique très peu sur les Quileutes (et autres loups-garous). Celui qui a le pouvoir de lire dans les pensées (sauf celles de Bella) nous révélera enfin ce qu’il entend. D’où les longueurs, bien évidemment.

Les scènes cultes sont toutes ici revues et corrigées, si on veut : la rencontre en cours de bio, l’accident dans le stationnement, la fameuse scène dans la clairière. Tout y passe. On comprend comment Edward se maîtrise (en comptant les 4913 insectes dans la clairière, par exemple), comment il se dompte, et surtout à quel point il est épris de sa belle et unique Bella, en est obnubilé, manifestement plus qu’on n’aurait jamais pu le soupçonner.

Edward est un personnage très anxieux, a dit de lui Stephenie Meyer. Et c’est un fait. Celui qu’on pensait raide et distant est en fait tiraillé. Déchiré. Carrément torturé. Il est un monstre, dit-il. Sait-il. Mais il veut le bien. Ses réflexions manichéennes font par moments sourire. C’est que, malgré son passé (et son infini présent), il demeure noble. Malgré ses faiblesses, il reste droit. S’il faiblit évidemment parfois (et les analogies sexuelles, quoique toujours désespérément prudes, sont légion), il finit toujours par dompter ses démons. « Il y a toujours des choix », répète-t-il. Et il fait les bons.

Évidemment, c’est fleur bleue. Il ne faut pas se le cacher. Mais on s’y attendait. Après tout, on connaît le récit. Et c’est un roman pour adolescents (adolescentes ?), faut-il le rappeler. Même si les adolescents des débuts ont quelque peu grandi. Cela dit, si vous espériez plus de piquant, c’est raté.

Ah oui, et si vous espériez voir cette relecture portée au grand écran, mauvaise nouvelle... « Ce serait fascinant », a affirmé la réalisatrice de Twilight, Catherine Hardwicke, à Entertainment Tonight, « mais Rob est Batman, et Kristen a un million de beaux projets... »

★★★

Midnight Sun, de Stephenie Meyer, Hachette, 798 pages