Nadia Lakhdari est l’autrice des séries pour enfants et adolescents Choupinette, #Colocs et Premier trio, publiées aux éditions Les Malins. « Dans un salon du livre, une fille de 12 ans est venue me faire signer mon livre, se souvient Nadia Lakhdari. Elle était vraiment contente. Son père m’a demandé : « Vous êtes de quelle origine, vous ? » Il m’a dit : « Quand j’ai vu votre nom, je n’étais pas sûr. Mais on a regardé la photo en arrière du livre et vous aviez l’air normale, alors je me suis dit : on va l’essayer. » Lui a osé me le dire en pleine face, mais combien ne disent rien et font juste ne pas prendre ce livre pour leur enfant ? »

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Si Nadia Lakhdari a écrit Premier trio, une série qui se déroule dans l’univers du Bantam AAA, c’est parce qu’elle est une grande fan de hockey. Elle est née au Québec et a grandi près du Forum de Montréal; son père est d’origine algérienne et sa mère, québécoise.

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Premier trio, tome 1 : Cinq minutes pour rudesse, de Nadia Lakhdari, éditions Les Malins

Diplômée en droit de McGill, Nadia Lakhdari a vécu à New York et en Nouvelle-Zélande avant de revenir s’établir à Montréal, il y a une dizaine d’années. Elle est actuellement directrice de création chez Moment Factory. « J’ai eu la chance de circuler dans des milieux éduqués, où je ne ressens pas tant d’incompréhension ou de rejet de mes origines », assure-t-elle.

Prise de conscience collective

Ses romans – certains sont pour un lectorat adulte, comme la trilogie Éléonore – sont publiés tant chez nous qu’en Europe, aux éditions Kennes. Nadia Lakhdari constate néanmoins la rareté des auteurs d’origines diverses, surtout en littérature pour adolescents au Québec.

Il m’est arrivé de proposer des sujets qui étaient plus proches de la réalité de personnes racisées et ils ont été refusés par des éditeurs, se souvient-elle. Je me suis fait dire : “Ça n’intéressera pas la madame à Baie-Comeau et il faut qu’elle veuille lire ton livre. Sinon, on n’en vendra pas assez.”

Nadia Lakhdari

« Mais ça date d’il y a cinq ans, huit ans même, et j’ai l’impression que les choses changent. Je pense que si je proposais le même projet aujourd’hui, l’écoute serait différente. Il y a une prise de conscience collective qui n’était pas là, il y a cinq ans. »

Représentation positive

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#Colocs, tome 1, de Nadia Lakhdari, éditions Les Malins

Nadia Lakhdari est adepte de « l’approche de représentation positive », explique-t-elle. Ses romans ont toujours des personnages d’origines multiples, « parce que pour moi, c’est super important de normaliser cela », dit-elle.

Dans sa série #Colocs, le personnage d’Emma est d’origine syrienne par sa mère. « C’est quelque chose qui est dit – Emma a un bijou de sa grand-mère et elle a des cheveux super bouclés – mais ce n’est pas sa raison d’être, fait valoir Nadia Lakdhari. Emma veut se faire des amis, elle se demande si elle va avoir un chum, elle a une vie d’adolescente normale. J’exprime quand même qu’elle a des origines, juste parce que ça fait partie de la vie à Montréal. »

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Choupinette, tome 1 : Leila l’acrobate, de Nadia Lakhdari, éditions Les Malins

Appropriation culturelle

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Après l’attentat de la mosquée de Québec, Nadia Lakhdari a scénarisé le film d’animation Moi aussi j’ai peur, de l’ONF.

Nadia Lakhdari salue les auteurs québécois qui intègrent des personnages aux racines étrangères dans leurs œuvres. Elle-même invente des personnages noirs – alors qu’elle n’est pas noire – dans ses histoires. « Mais je ne les emmène pas sur un terrain où ils parleraient de leur expérience avec le racisme, nuance-t-elle. Cette expérience-là ne m’appartient pas. »

Auteur jeunesse français reconnu, Timothée de Fombelle vient de publier Alma, chez Gallimard. Ce roman sur la traite négrière, qui emprunte notamment le point de vue d’une jeune Africaine du XVIIIsiècle, ne sera pas publié en Angleterre et aux États-Unis, selon Le Point. Sujet trop délicat pour un Blanc.

Mettre en scène des personnages issus de la diversité et s’approprier la douleur qui vient avec le fait d’avoir été racisé, ce sont deux choses complètement différentes.

Nadia Lakhdari

« Si un auteur blanc québécois met en scène des personnages d’un peu partout dans une histoire d’aventures rocambolesques, je trouve ça extraordinaire. Si ce même auteur écrit un roman sur la vie à Montréal en tant que jeune racisé qui subit de la discrimination, je dis : “Ce n’est pas à lui ou à elle de raconter cette histoire-là.” La distinction est importante et claire pour moi. »