Kiera Cass a vendu 11 millions d’exemplaires de sa saga dystopique La sélection – dont plus de 600 000 en français. Elle publie un nouveau roman, La fiancée, déjà au palmarès littéraire du New York Times (et de Renaud-Bray). La Presse a joint la sympathique Américaine en Californie, où elle vient de déménager avec son mari et leurs deux enfants.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

La fiancée se déroule dans un royaume fictif, la Corie, inspiré de l’Angleterre sous les Tudors ?

Oui, en partie. J’ai une grande fascination pour l’Angleterre de l’ère Tudor et la guerre des Deux-Roses, qui y mène. En peu de temps, la Couronne a changé de mains sept fois [de 1461 à 1485]. Vous pensez que c’est la fin du drame, mais arrive Henri VII et il y a juste plus de drame ! J’adore cette histoire épique. Je sais que ça a l’air idiot, mais j’aime aussi la mode de l’époque. Je pense que ce qu’on porte change la façon dont on se sent.

Vous vous êtes également inspirée du Livre de Ruth, dans la Bible ?

Oui. Ruth est une de mes héroïnes. C’est une personne forte, un peu dure, mais aussi très humble et fidèle. J’aime les femmes comme ça. Quand on pense à la force, on pense à des traits masculins, mais j’aime vraiment quand on considère autre chose, dont la loyauté, comme de la force. Défendre quelqu’un qui est sur une marche plus basse que vous dans l’escalier, c’est de la force. Avec mes personnages, j’aime montrer qu’il y a plusieurs façons d’être fort.

Une famille de réfugiés joue un rôle prépondérant dans La fiancée. C’est un sujet important, dans un monde où les gens ont souvent peur des étrangers ?

Oui. Ce qui est important, c’est que les humains sont des humains. Plus que jamais. Il me semble qu’on veut juste mettre des étiquettes sur les gens... Si vous leur mettez cette étiquette, vous n’avez plus à les identifier comme des humains. Vous n’avez plus à les traiter comme des personnes. Peu importe d’où vous venez, quel que soit votre statut économique, votre race, votre pays, les gens sont des gens. Ma foi joue un grand rôle dans cette conviction.

Mon personnage, Hollis, a beaucoup de préjugés. Elle apprend à s’en défaire. Je n’ai jamais écrit un livre avec des intentions précises, mais j’espère parfois que la fiction facilite la réalité. Voir quelqu’un changer dans un livre peut avoir comme résultat que c’est plus facile pour nous de le faire. Dans la suite de La fiancée, Hollis se retrouve pour la première fois à la place de l’étranger. Tout le monde ne vit pas cette expérience. Voir les deux côtés, j’espère que ça aidera d’autres personnes à traiter les humains comme des humains.

Quand la suite paraîtra-t-elle ?

Je crois que ce sera en avril ou mai 2021.

Hollis apprend à réfléchir par elle-même, à se connaître, à apprécier la simplicité au lieu d’être obsédée par ce que la cour pense qu’elle. C’est ce que vous souhaitez aux jeunes filles d’aujourd’hui ?

Si je pouvais retourner dans le passé et dire une seule chose à l’adolescente que j’étais, c’est d’arrêter de s’inquiéter de ce qu’elle croit que les autres pensent d’elle. La plupart du temps, les gens se préoccupent tellement d’eux-mêmes qu’ils ne vous remarquent même pas. Pourquoi l’opinion de quelqu’un façonne-t-elle votre vie et vous pousse-t-elle à agir d’une certaine manière ?

J’ai l’impression qu’aujourd’hui, les jeunes sont beaucoup plus informés, donc peut-être moins susceptibles d’être influencés. Quand vous arrivez au moment où vous pouvez être heureux de qui vous êtes, excité par ce que vous êtes capable d’accomplir, sans vous comparer, c’est tellement libérateur.

PHOTO FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

La fiancée, texte de Kiera Cass, traduction de Madeleine Nasalik, collection R, éditions Robert Laffont

Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont la nouvelle cour ?

Oui. Vous pouvez écrire un roman contemporain pour jeunes adultes, appeler les réseaux sociaux la cour et parler de leur influence. Vous avez à 100 % raison. J’ai récemment pris une pause des réseaux sociaux. C’est devenu incroyablement négatif et violent, je ne pouvais plus le supporter.

Votre roman La sélection va être adapté en film pour Netflix ?

Oui. Le virus a mis beaucoup de choses en attente, mais Netflix a acheté La sélection. Nous avons la réalisatrice [la Saoudienne Haifaa Al-Mansour] et je pense qu’ils travaillent actuellement au script. Je ne crois pas qu’ils soient prêts à faire le casting ou quoi que ce soit, mais je suis super excitée.

Les propos de Kiera Cass ont été édités en raison d’un espace limité et traduits de l’anglais.

Suivre son cœur

Hollis vit à la cour de Corie, un royaume inventé par l’autrice à succès Kiera Cass. Rabaissée par sa mère, Hollis séduit le beau roi Jameson, dont les yeux bruns ont des « reflets d’or et de miel ». D’abord en « adoration totale » devant le roi, la jeune femme en vient à préférer la compagnie d’un mystérieux réfugié, avec qui elle peut être elle-même. Mettant en scène la naïve mais sincère Hollis, ce roman ravira les amateurs de coups de foudre, d’intrigues de cour et de bijoux. La fin, pleine de rebondissements, donne un peu de souffle à cette chaste romance.

La fiancée. Texte de Kiera Cass. Traduction de Madeleine Nasalik. Collection R. Éditions Robert Laffont. Dès 12 ans.