(Rome) Officiellement, le gouvernement les avait autorisées à rouvrir mardi, mais les librairies ont pour la plupart gardé portes closes en Italie, sur décision des régions ou des propriétaires eux-mêmes.

Agence France-Presse

En prolongeant le confinement jusqu’au 3 mai, le premier ministre Giuseppe Conte avait cité un certain nombre de secteurs d’activité autorisés à redémarrer : magasins d’habillement pour enfants, machinerie agricole, industrie forestière, librairies et bibliothèques...

Mais de nombreuses régions ont pris des arrêtés prolongeant la fermeture des librairies, notamment les régions de Rome, Turin, Naples et Milan, qui représentent à elles seules plus de 40 % de la population. En Vénétie, les librairies ne pourront ouvrir que deux fois par semaine.

À Rome, masque agrémenté d’une moustache sur le visage, Francesco Mecozzi, propriétaire de la libraire/café Giufà, a choisi pour survivre de livrer ses clients en vélo, un pis-aller selon lui : « Économiquement parlant, c’est une catastrophe [...] Les livraisons sont une petite aide nécessaire pour ne pas mourir », dit-il.

Les autorités régionales de Sicile ayant donné leur feu vert, Marilia Di Giovanni a rouvert sa librairie à Syracuse. Le premier livre qu’elle a vendu est Le vieux qui lisait des romans d’amour, de Luis Sepulveda, l’écrivain chilien infecté par le coronavirus, raconte-t-elle à l’agence Agi.

« C’était un peu comme une fête », dit-elle toutefois. « Les gens entraient un par un, je leur demandais de garder leur distance. Mais c’est comme un petit retour d’interaction humaine. »

« C’est une réouverture très étrange, avec ces gants, ces masques, ce gel, ce marquage au sol », réagit un vendeur de livres de Forli, en Émilie-Romagne.

Rouvrir les librairies « est absurde », a jugé le président de la région Piémont, Alberto Cirio, région où près de 2000 personnes sont mortes. « Je me démène pour garder les gens chez eux... »

« L’Italie devient un puzzle », a titré le quotidien La Repubblica pour résumer l’hétérogénéité des situations.

En crise avant la pandémie, les librairies italiennes souffrent plus que jamais de la concurrence des sites de vente en ligne. Le président de l’association des libraires, Paolo Ambrosini, a expliqué dans un communiqué qu’il ouvrait son commerce près de Vérone « pour montrer qu’il était possible de surmonter les anxiétés et les peurs que le virus a instillées en nous ».

Dans la petite ville de Trani, la librairie pour enfants Miranfu a au contraire expliqué à ses clients pourquoi elle resterait fermée malgré le feu vert de la région des Pouilles, rapporte l’agence Agi : « Dans la ville, il y a eu quatre nouveaux cas ces derniers jours et nous ne savons pas ce qui va se passer après Pâques. Notre première préoccupation est de protéger les autres et nous-mêmes ».