Lauréate du prix Nobel de littérature en 2007, Doris Lessing était une écrivaine engagée avec un sens critique très aiguisé. Dans les années 80, l’autrice du Carnet d’or, disparue en 2013, était invitée par la CBC à prononcer le cycle des conférences Massey, un exercice à la fois exigeant et prestigieux.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

Il s’agit d’un cycle de conférences autour d’un thème précis : Adam Gopnik l’a fait autour de l’hiver, Thomas King, autour de l’identité autochtone. Dans ses conférences, Doris Lessing, elle, a choisi de réfléchir aux questions des libertés et des responsabilités individuelles. Avant même l’avènement des réseaux sociaux, l’écrivaine, qui a toujours défendu des positions très claires (elle était anti-apartheid, féministe, anti-raciste…), s’inquiétait déjà du danger de la manipulation des masses, du populisme, du conformisme, voire du lavage de cerveau. Ces conférences ont beau avoir été prononcées en 1985, elles n’ont rien perdu de leur pertinence. Face aux tentatives de manipulation de nos dirigeants ou des mouvements de masse qui nous entraînent vers la pensée unique, Lessing nous exhorte à garder notre sang-froid, à faire preuve de discernement et d’indépendance d’esprit. « … les gens qui viendront après nous, a-t-elle déclaré, s’étonneront que nous ayons accumulé de plus en plus d’informations sur notre comportement, mais que nous n’ayons pas tenté pour autant de nous en servir pour améliorer notre existence. » Une lecture tout à fait à propos en ces temps de crise et de confusion. (À noter qu’on peut écouter les conférences de Doris Lessing — en anglais, bien entendu — sur le site de la CBC.)

Ces prisons où nous choisissons de vivre
Doris Lessing
Traduit de l’anglais par Philippe Giraudon
Flammarion
★★★