Québec Amérique a pris la décision de reporter la sortie de tous ses livres qui devaient être lancés d’ici la fin du printemps, ce qui représente une vingtaine de titres pour la maison d’édition indépendante.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

« Ce qu’on veut, c’est faire honneur aux auteurs et aux livres, nous a dit au téléphone la directrice générale des Éditions Québec Amérique et vice-présidente du Groupe QA, Caroline Fortin. Un roman, c’est plusieurs années de travail et de temps d’écriture, et le lancement, c’est une célébration de cet accomplissement. On ne voulait pas mettre tout ça de côté. »

La saison littéraire du printemps s’articule beaucoup autour du Salon du livre de Québec, qui devait se tenir du 15 au 19 avril et dont l’annulation a été annoncée mardi. Avec la diminution des heures d’ouverture des librairies, l’annulation d’autres événements comme le Salon du livre de Trois-Rivières et le Festival Metropolis Bleu, et l’espace dans les médias consacré en grande partie à la pandémie, la place pour les nouveautés se faisait de plus en plus mince.

« On est là pour sortir des livres qui vont fonctionner, pas sortir des livres pour sortir des livres. Nous avons parlé à chaque auteur personnellement, et ils comprennent très bien la situation », dit Mme Fortin, qui préfère mettre de l’avant le « solide catalogue » de la maison.

« On reste solidaires avec les librairies, mais en ce moment elles ferment, et même s’il y a la vente en ligne et qu’elle est souhaitable et qu’on en fait la promotion, les temps sont tellement incertains. Est-ce que la poste va continuer ? On est rendus à se poser ce genre de question. »

Le programme de Québec Amérique prévoyait la sortie de trois ou quatre livres par semaine jusqu’à la fin du mois de mai, et la plupart des auteurs avaient des événements de lancement prévus. Par exemple, une autobiographie de Pauline Marois, intitulée Au-delà du pouvoir, devait paraître le 8 avril, et la décision de reporter a été prise après de nombreuses discussions avec l’ancienne première ministre.

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Pauline Marois devait lancer son autobiographie le 8 avril.

« Nous avions organisé au gros lancement à la Grande bibliothèque pour Mme Marois. Nous attendions 300 personnes... Ça nous fait beaucoup de peine, mais on garde le moral. »

Difficile de dire quand les livres seront lancés et s’ils viendront empiéter sur la rentrée d’automne, qui risque aussi d’être chambardée. « On regarde la situation évoluer », dit Caroline Fortin, qui n’a pas encore « pris la mesure de tout ce que ça signifie au niveau monétaire ».

« Je n’ose pas voir, c’est trop stressant. Mais je suis surtout contente de prendre mes décisions en fonction des auteurs. » L’éditrice est très inquiète des impacts de la crise sur le milieu de l’édition. « Il y aura des décisions difficiles. J’ai de l’inquiétude pour l’industrie, les distributeurs, les libraires. Il faudra trouver un moyen de nous aider. »

Pour l’instant, Québec Amérique est la seule maison d’édition à avoir pris cette décision face à la crise de la COVID-19. Plusieurs y vont à la pièce, par exemple Boréal, qui a retardé d’un mois la sortie du nouveau roman de Louis Hamelin, Les crépuscules de la Yellowstone, alors que L’œil de Jupiter de Tristan Malavoy est reporté à l’automne. Et aux Éditions de l’Homme, sur une trentaine de titres prévus d’ici la fin du mois de mai, cinq ont été reportés de quelques semaines, et sept ont été repoussés à l’automne.

Au Groupe Librex et aux Éditions VML, tout est maintenu pour l’instant, mais la direction est en « réflexion évolutive en continu ». Le Groupe HMH n’a reporté aucun titre non plus. Chez une plus petite maison indépendante comme Alto par exemple, les dates d’office sont maintenues tant que les librairies restent ouvertes.