Voilà un album ambitieux de l’autrice et bédéiste suédoise Liv Strömquist, qui nous avait offert il y a deux ans le brillant I’m Every Woman, où elle décrivait avec un humour mordant les rapports de domination de plusieurs hommes célèbres avec leurs femmes (dont Elvis et Staline). Cette fois, elle commence par une question : comment se fait-il que Leonardo DiCaprio a enchaîné des relations amoureuses avec des mannequins, sans jamais tomber amoureux d’elles ? 

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Ce point de départ la mène à cette hypothèse : le sentiment amoureux est de plus en plus rare. Nous serions tous des Leonardo DiCaprio. Pourquoi ? Liv Strömquist nous livre ici les principales théories avancées par plusieurs psychologues, sociologues ou philosophes, qui ont réfléchi à la question et qu’elle cite abondamment. Il est notamment question de notre narcissisme extrême (Buyng-Chul Han), de nos choix rationnels quasiment infinis, de notre détachement émotionnel (historiquement très masculin) qui mène à l’affirmation de notre besoin irrépressible d’autonomie, ou de notre obsession à évacuer la souffrance des relations amoureuses (Eva Illouz). 

Pour illustrer ces théories qui mènent toutes, selon elle, à la rareté (ou à la disparition) de l’amour, Liv Strömquist n’hésite pas à mettre en scène une foule de personnages, de Socrate aux Schtroumpfs, en passant par Samantha (Sex and the City), le Petit Prince, Beyoncé ou la poète américaine Hilda Doolittle, auteure du poème La rose la plus rouge s’épanouit (à l’origine du titre de l’album). 

Bien que le contenu soit assez dense (le texte est aussi important que le dessin), Liv Strömquist nous propose un formidable condensé de nos comportements amoureux (contradictoires) et de nos multiples interrogations sur le sujet : peines d’amour, élans du cœur, engagement (ou fuite), polyamour, tous les thèmes sont abordés avec intelligence et humour. Un livre illustré brillant… et utile pour qui s’intéresse aux affaires du cœur.

★★★★

La rose la plus rouge s’épanouit, de Liv Strömquist, éditions Rackham, 176 pages.