Après 2873 pages, le romancier et scénariste américain Greg Iles (Spandau Phoenix, 24 heures pour mourir) a mis un point final à sa trilogie Natchez Burning avec Le sang du Mississippi, troisième tome de ce roman policier passionnant, après les premiers tomes Brasier noir et L’arbre aux Morts.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Disons-le d’emblée, comme pour toute bonne saga, on est presque tenté de regretter que ça finisse, tant on a aimé cette histoire captivante d’enquête journalistique et policière sur des suprémacistes blancs sévissant en Louisiane et au Mississippi.

Ayant grandi dans cette région des États-Unis, Greg Iles a su lier, avec un suspense bien géré, des faits historiques et sociaux et une fiction dynamique pour nous intéresser à ces Aigles bicéphales, une branche radicale du Ku Klux Klan, malfrats racistes et meurtriers ayant sévi à partir des années 60 et intimement liés à des policiers corrompus du Mississippi.

L’auteur est parvenu à construire une trame plutôt complexe, mais bien tricotée, qui mélange histoire d’amour, rivalités politiques, journalisme d’enquête, travail policier et même une connexion avec l’assassinat de John F. Kennedy.

Le troisième tome est centré sur le procès du Dr Tom Cage, qui a prétendument tué son ancienne infirmière et maîtresse noire, et sur le fils de l’accusé, Penn Cage, maire de la ville de Natchez et ancien procureur, qui veut se venger du meurtre, par les Aigles bicéphales, de sa conjointe, une journaliste renommée qui enquêtait sur des meurtres non résolus de l’époque des droits civiques, dans les années 60.

Le déroulement du procès est fascinant à lire, tant en raison des rebondissements que par la façon minutieuse de Greg Iles de décortiquer les procédures et notamment la bataille souvent aigre-douce entre l’accusation et la défense. Sans compter que le procès sera perturbé par ceux qui ne désirent pas que justice soit rendue.

Nous avions adoré les deux premières partie de la saga, et ce troisième tome ne déçoit pas. On y retrouve la belle écriture poétique et fluide de Greg Iles (dans une traduction éclairée d’Aurélie Tronchet), son humour délicat et sa promotion de l’harmonie sociale dans un pays encore aujourd’hui déchiré par des tensions raciales. D’ailleurs, l’auteur ne se gêne pas pour insérer, ici et là, quelques critiques de la société américaine actuelle.

Malgré la densité de l’histoire et le grand nombre de personnages (beaucoup de femmes jouent les premiers rôles dans ce troisième tome), on n’a aucun mal à suivre ce thriller qui s’avère finalement un portrait de l’âme damnée de l’Amérique, depuis les années 50 jusqu’à nos jours. Cette trilogie restera une œuvre marquante de Greg Iles, un livre instructif, distrayant et passionnant, qui tient en haleine jusqu’à la dernière page. À la fois un polar efficace et une fiction bien construite sur les valeurs d’humanité, l’amitié, l’amour, la droiture, le sens des responsabilités et le dévouement envers son prochain.

Si vous n’avez pas lu les deux premiers tomes, voici un beau et gros projet de lecture pour cette fin d’année ! Mais si le nombre de pages vous rebute, vous pourrez tout de même apprécier Le sang du Mississippi car Greg Iles a pris soin de résumer les autres volets de la trilogie au début du livre… Bonne lecture !

★★★★

Le sang du Mississippi, Actes Sud. 841 pages.