Le nouveau roman de Jacques Savoie, #Maria, aborde avec acuité — et une bonne dose d’humour — des enjeux bien de notre temps dans une histoire rocambolesque qui nous transporte de Montréal à Locarno et à la Californie, et où s’entremêlent service de renseignements, espionnage, cinéma, mouvement #metoo, le film Le dernier tango à Paris, John Lennon, réseaux sociaux et catastrophes environnementales. Un mélange qui aurait pu facilement devenir un fourre-tout, mais à travers lequel l’auteur navigue habilement.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

On y rencontre Mathias, un homme renfermé sur lui-même qui a toujours eu un esprit fertile pour « imaginer le pire », ce qui l’a amené à travailler dans l’ombre, pour le Service canadien du renseignement de sécurité, où il doit notamment élaborer des scénarios catastrophes pour aider le service à se préparer au pire.


Mais Mathias arrive à un moment de sa vie où il ressent le besoin de voler de ses propres ailes, alors que sa relation avec son supérieur, le sergent Lagacé — le père qu’il n’a jamais eu –, bat de l’aile. Un quiproquo fait en sorte qu’il se retrouve parachuté dans l’univers du cinéma, alors qu’il se pose en sauveur d’un film en rade après que son acteur principal eut été accusé d’agression sexuelle. S’improvisant producteur et réalisateur, Mathias échappe à sa condition d’agent secret sans grande envergure pour se lancer corps et âme dans la réalisation d’un documentaire à partir des éléments du film, qui viendra jouer sur la frontière floue entre réalité et fiction pour tenter de faire tomber les masques.


Comment départager vérité et mensonge alors que les fake news triomphent et qu’on se perd dans l’excès d’information qui circule ? Jusqu’où peut-on aller sous le couvert de l’art ? Comment composer avec un système de justice défaillant et faire punir les criminels quand politique et justice s’acoquinent ? Est-il possible de se libérer des chaînes du passé ? #Maria explore ces questions, tout en offrant un portrait intimiste d’un homme abandonné par sa mère et ayant perdu son père qui cherche à reprendre le contrôle de sa vie et à se construire une identité.


Se lisant comme un thriller et très ancré dans notre époque — l’auteur s’amuse à y faire apparaître de vraies personnes, comme le collègue Patrick Lagacé ou des vedettes québécoises – #Maria est un roman réussi et prenant, qui défend des valeurs chères à la démocratie comme la prise de parole et la liberté de création, sans jamais tomber dans le discours moralisateur.

★★★½

#Maria, de Jacques Savoie, Éditions Boréal, 328 pages.