Qu’arrive-t-il après la mort ? C’est la question qui hante le nouveau roman de Patrick Senécal, Ceux de là-bas, un thriller psychologique qui mêle surnaturel et spirituel et fait écho aux angoisses de l’auteur. Entrevue.

Laila Maalouf Laila Maalouf
La Presse

D’un naturel disert et très ouvert, celui qui s’est valu le titre de « Stephen King du Québec » se confie d’emblée, avec franchise et générosité, sur ce qui l’a poussé à écrire Ceux de là-bas. Un roman qui baigne dans le fantastique, mais qui se distingue de façon notable de ses titres précédents.

« C’est mes racines, le fantastique. Quand j’ai commencé à écrire à 12-13 ans, c’était ce que j’écrivais. Depuis que je publie professionnellement, la dernière fois que j’en ai écrit, c’était avec ma série Malphas, mais c’était du fantastique humoristique, c’était très cabotin. »

« Avec Ceux de là-bas, ajoute-t-il, c’est plus métaphysique, il y a quelque chose de plus sérieux ; je voulais parler de ma peur de la mort, ce grand inconnu. […] C’est plus du fantastique psychologique. Même qu’à un moment donné, on peut se demander si mon personnage n’est pas en train de devenir fou, tout simplement. Et j’ai laissé planer le doute. »

Ce personnage, c’est Victor Bettany, un psychologue au cégep de Drummondville qui est entouré par la mort et qui s’interroge à ce sujet de façon quasi obsessive dès les premiers chapitres : son père, atteint de démence, se trouve dans ce qu’il décrit comme un état « abject » — « un lit de honte et d’humiliation » —, alors que sa blonde est morte de façon accidentelle, deux ans plus tôt, et que l’un de ses étudiants manifeste des tendances suicidaires. Puis il y a ces morts inexpliquées qui surviennent, au cœur du roman…

Parmi les proches de Victor, chacun possède sa propre vision de la mort, mais personne ne semble en mesure de lui fournir une réponse susceptible de le convaincre. C’est dans cet état d’esprit qu’il se rend au spectacle d’un hypnotiseur célèbre, avant de sombrer dans un cauchemar éveillé. 

Comprendre la mort

À travers Victor, Patrick Senécal évoque Dieu, le paradis, l’enfer, le néant, l’au-delà — s’il existe —, mais surtout sa peur de la mort. 

« Je n’ai jamais connu quelqu’un de très proche de moi qui est mort. J’ai 52 ans, je suis à un âge où normalement on a perdu une couple d’êtres très proches de nous, mais ça ne m’est pas arrivé », dit-il. 

J’ai l’impression que c’est peut-être pour ça que j’ai peur de la mort. Je ne la connais pas tant que ça. […] C’est sûr que quand tu perds quelqu’un de proche, ton rapport à la mort change. Dans le roman, j’explore toutes les possibilités parce que je ne sais pas laquelle va arriver et quelle réaction je vais avoir.

Patrick Senécal

« Je voulais montrer qu’il y a différentes façons d’envisager la mort et elles sont toutes valables, mais aucune de celles-là, pour l’instant, ne me satisfait et me rassure », explique l’auteur de Hell.com

L’écrivain-vedette, qui a vendu plus de 1 million de livres à ce jour, avoue que ce roman est très personnel et qu’il n’aurait pas pu l’écrire il y a 20 ans. Ce n’est certainement pas celui où l’on trouvera le plus de sang et d’action, concède-t-il. 

Ceux de là-bas est en effet plutôt introspectif, dans l’ensemble, et laisse libre cours aux réflexions existentielles.

IMAGE FOURNIE PAR LA MAISON D’ÉDITION

Ceux de là-bas

« Ça fait longtemps que j’ai peur de la mort et, en vieillissant, ça ne s’arrange pas vraiment, admet-il sans pudeur. Écrire sur ma peur de la mort dans un roman ne va peut-être pas complètement l’apaiser ou la faire disparaître, mais je me suis dit que ça pourrait peut-être m’aider à mettre des mots là-dessus. J’ai peut-être encore peur de la mort, mais je suis capable d’en parler de façon plus claire », dit-il.

Je sais que ce qui me fait peur maintenant, c’est la peur elle-même — ce qui est complètement absurde —, mais c’est déjà un commencement. Ça m’a aidé à faire la paix avec l’idée que je vais mourir, même si la peur n’a pas disparu.

Patrick Senécal

Alors qu’il se consacre ces jours-ci à l’écriture de sa série télévisée Patrick Senécal présente, qui devrait être diffusée l’automne prochain à Club illico, le romancier espère entamer son prochain roman au cours de l’hiver. Il sera très court, mais très sombre, nous promet-il. Peut-être pour lui donner l’illusion, encore une fois, de mettre de l’ordre dans ses peurs et de les contrôler…

Patrick Senécal fera des séances de dédicaces au Salon du livre de Montréal de vendredi à dimanche.

https://www.salondulivredemontreal.com/auteurs/patrick-senecal-455/

Ceux de là-bas. Patrick Senécal. Alire. 572 pages.