C’est à un exercice libérateur que s’adonne l’auteur Matthieu Simard (La tendresse attendra, Les écrivements…) avec Une fille pas trop poussiéreuse.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Ici, la fin du monde devient un prétexte pour le narrateur-écrivain (car oui, l’auteur s’y met lui-même en scène) d’explorer, avec une ironie bien acérée, comment une civilisation — et une espèce — qui se meurt réagit devant l’inéluctable. Que reste-t-il lorsque les masques tombent, que la vacuité des préoccupations superficielles de la vie moderne se révèle, et que la chair n’a rien d’autre à faire qu’attendre la fin ?

Dans un compte à rebours où la fin est d’ores et déjà connue — « Ce roman commence par la fin », soit sa mort, annonce d’emblée Simard dans les premières pages —, l’auteur en profite pour parler de ce qui s’accroche lorsque tout fout le camp, qui se résume, finalement, à peu de choses : la recherche frénétique de chaleur humaine et, pourquoi pas, de l’amour. C’est à cette quête, sûrement perdue d’avance, mais finalement la seule qui s’impose dans les circonstances, que se consacre le personnage, non sans une bonne dose d’autodérision.



PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS STANKÉ

Une fille pas trop poussiéreuse, de Matthieu Simard

Après qu’une immense couche de suie tombée du ciel eut tué la majorité de la population et rendu caducs tous les agréments de la vie moderne – WiFi, électricité, services médicaux ou municipaux… –, ceux qui ont survécu sont condamnés à une mort certaine, plus ou moins lente, selon la santé et la chance de chacun. Chanceux, le narrateur l’est puisqu’il était dans sa maison, protégé et seul – son couple ayant explosé quelques jours plus tôt – au moment des faits. Au fil des pages, on suit ses pérégrinations et rencontres dans un monde transpirant la désolation, mais aussi étrangement libéré, alors que celui qui a tout de l’antihéros finit par sortir de la coquille ouatée où il s’était réfugié toute sa vie pour tendre la main vers les autres. Mais il n’y a pas de grande révélation ici : la mort, même apprivoisée, même attendue, rôde partout et tisse sa toile, sans merci, et le récit, plutôt léger et drôle, finit par prendre une tournure plus émotive, même si Simard se garde bien de s’enfoncer trop dans le pathos.

Un roman bien construit et dont on tourne les pages à toute allure, qui fait rire et réfléchir à la fois.

★★★½

Une fille pas trop poussiéreuse, Matthieu Simard, Éditions Stanké, 190 pages.