Les lecteurs de bandes dessinées ont de quoi se réjouir : une nouvelle maison d’édition entièrement consacrée au 9e art québécois a vu le jour il y a quelques mois. Son nom : Nouvelle adresse.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Fondée par Renaud Plante et Marie-Claude Pouliot, deux anciens des éditions Somme toute et Mécanique générale, Nouvelle adresse proposera deux ou trois titres par saison. Pas plus. Chaque album pourra ainsi être choisi avec soin et travaillé en profondeur, disent les fondateurs.

« À Somme toute, le rythme de publication était élevé avec la parution de bandes dessinées, de romans, d’essais. Nous avions un désir grandissant de recentrer notre énergie sur moins de projets, dans ce qui nous intéresse vraiment, c’est-à-dire la BD », dit Marie-Claude Pouliot.

« Notre désir est de publier de la BD d’auteur, et ce, peu importe le genre », ajoute Renaud Plante.

Ce qui nous intéresse, ce sont les bandes dessinées qui ont quelque chose à raconter, les œuvres personnelles, avec un point de vue sur le monde. Ainsi, nous espérons aller chercher de nouveaux lecteurs qui ne sont pas forcément des habitués de la BD.

Renaud Plante, cofondateur de Nouvelle adresse

Pour mener ce projet à bien, les fondateurs ont décidé de s’associer à l’entreprise d’économie sociale Front Froid, qui se spécialise surtout dans la bande dessinée de genre. « Front Froid a sa personnalité, nous aurons la nôtre, mais nous pourrons mettre nos expertises en commun », dit Renaud Plante.

À l’instar de Front Froid, les fondateurs de Nouvelle adresse ont bien l’intention de dénicher de nouveaux talents à ajouter à leur catalogue. « Le Québec compte un bassin d’illustrateurs énorme et nous pourrons aider certains à développer leurs histoires. »

Vétéran

Le tout premier album publié par Nouvelle adresse n’est toutefois pas l’œuvre d’un nouveau venu, puisqu’il est signé Philippe Girard (Tuer Velasquez et La visite des morts, notamment). Attendu pour le 29 octobre, Un jour de plus traite « du dernier des tabous, c’est-à-dire la mort », explique l’auteur.

« C’est un sujet qui implique beaucoup de vulnérabilité et j’avais besoin de l’appui d’un éditeur pour l’écrire. Renaud a vécu le deuil de son père, moi celui de mon meilleur ami il y a 15 ans ; il avait la sensibilité dont j’avais besoin. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de le suivre dans sa nouvelle aventure. »

« Dans un marché fragile comme celui du Québec, c’est bien d’avoir un éditeur qui va se battre pour mener chaque album à son public », ajoute Philippe Girard.

Le marché de la bande dessinée québécoise est fragile, certes, mais il montre des signes de santé évidents, estime Marie-Claude Pouliot. « L’intérêt pour la bande dessinée d’ici est grandissant, on le voit notamment lors des événements consacrés à ce médium. Et une chose est certaine : il se fait au Québec de la BD de grande qualité, considérant le petit marché où on se trouve… »