(PARIS) On lui prédisait quasiment le prix Goncourt. Puis, tout a dérapé. Voici comment Yann Moix et son roman Orléans se sont retrouvés au cœur de la plus grosse polémique de la rentrée littéraire en France…

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

C’est le livre dont tout le monde parle. Celui qui émerge au-dessus des 500 nouveautés qui inonderont les tablettes des libraires pour la rentrée littéraire en France. Celui qui fait le buzz. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire…

Sorti officiellement le 21 août, le roman Orléans, de Yann Moix, a d’abord séduit pour ses qualités littéraires. Critiques unanimes à la célèbre émission littéraire de France Inter Le Masque et la Plume. Ravissement des experts. On concède à l’auteur de Podium de bonnes chances de remporter le prestigieux prix Goncourt.

Et puis soudain, tout dérape. Rejet du livre, d’abord. Puis de l’écrivain lui-même, brusquement embarrassé par des révélations sur son passé antisémite.

Attaqué de toutes parts, Yann Moix a fait acte de contrition samedi soir à l’émission On n’est pas couchés, de Laurent Ruquier. « J’ai un dégoût de moi-même, ce raté, cet être méprisé et méprisable », a-t-il lancé à l’animateur, visage défait et lèvres tremblantes.

Mais ces excuses n’ont visiblement rien réglé. Moix a annoncé hier matin qu’il mettait un terme à la promotion de son livre et déclaré ne plus vouloir parler aux médias, qui ont sauté sur cette affaire comme des hyènes sur une carcasse d’antilope.

« Pure affabulation »

Orléans, ce sont les terrifiants souvenirs de Yann Moix. Dans cette autofiction de 260 pages parue chez Grasset, l’auteur de 51 ans revient dans le détail sur les sévices – voire les tortures – que lui aurait infligés son paternel quand il était enfant. Il est question d’électrocution, de tentatives de noyade, d’abandon en pleine forêt ou sur le bord de l’autoroute, d’excréments qu’il fallait avaler…

La lecture est aussi fascinante que pénible. On se surprend à avoir de l’empathie pour l’écrivain polémiste, qui attire d’ordinaire peu de pitié en raison de ses coups de sang et de ses provocations à deux sous. Mieux encore : le bouquin est bien écrit. Sans doute son meilleur, clament les experts. Alors…

Alors voilà. Tout ce qui monte redescend. Vite. Quelques jours après la sortie du livre, la famille de l’auteur riposte et l’accuse de mensonge.

Le père de l’écrivain, José Moix, affirme dans le magazine L’Obs et au journal La République du centre que les souvenirs rapportés par son fils ne sont que « pure affabulation » et relèvent de la « psychiatrie ».

Son frère cinéaste, Alexandre Moix, lui répond pour sa part par l’entremise d’une lettre ouverte au journal Le Parisien. Il affirme que Yann n’était pas une victime, mais plutôt un bourreau, l’accusant notamment d’avoir voulu le noyer et le défenestrer quand il avait 2 ans.

« J’ai subi 20 ans durant des sévices et des humiliations d’une rare violence de sa part. Ceux-là mêmes qu’il décrit dans son roman en les prêtant à nos parents », affirme-t-il.

Erreur de jeunesse ?

Ce déballage familial fait les choux gras de la presse française, en cette fin d’été plutôt calme sur le plan politique.

Mais ce qui aurait pu n’être qu’un mauvais feuilleton s’est transformé en véritable controverse lorsque, dans la foulée, le magazine L’Express a révélé qu’à 21 ans, Yann Moix a produit des dessins et des textes négationnistes et antisémites dans un fanzine d’extrême droite.

Le principal intéressé nie. Puis avoue en plaidant l’erreur de jeunesse. Vraiment ? On apprend pourtant qu’il a fréquenté, et ce, jusqu’en 2011, des personnalités controversées proches du mouvement négationniste, comme les essayistes Marc-Édouard Nabe et Paul-Éric Blanrue.

Moix ne serait donc pas seulement un menteur, mais aussi un facho. Repenti, jure-t-il en brandissant sa kippa et sa connaissance du Talmud. D’antisémite, il est devenu le meilleur ami des Juifs. Son amitié avec le philosophe Bernard Henri-Lévy en est la preuve. Dans sa chronique au magazine Le Point, publiée samedi, Henri-Lévy assure d’ailleurs avoir pardonné à Moix, disant croire au « repentir » et à la « réparation ».

D’autres ne l’excusent pas si facilement. Ne concédant « ni pardon ni oubli », le romancier Laurent D. Samama souhaite sur Twitter que Moix se « démène seul avec ses démons », tandis que Laure Adler, animatrice de radio bien connue, hésite pour sa part à l’inviter à son émission (L’heure bleue) comme prévu aujourd’hui. Sans parler du public, qui fustige le discours « autovictimaire » de l’écrivain.

Sur le plateau d’On n’est pas couchés, le mea culpa de l’écrivain semble pourtant sincère. Tout comme sa demande de pardon auprès de la communauté juive.

Pas d’excuses en revanche pour ses parents, et une bien petite main tendue à son frère, qu’il tient « peut-être » responsables de la fuite de ses dessins antisémites. Chez les Moix, la hache de guerre est loin d’être enterrée.

Reste à voir si les ventes d’Orléans profiteront de cette polémique, qui occupe le devant de l’actualité française depuis maintenant 10 jours.

Pour le moment, il semble que le crime ne paie pas. Selon des chiffres d’Edistat, qui réalise des estimations de ventes chez les libraires, le livre de Yann Moix se serait, pour l’instant, vendu à 5000 exemplaires. Des ventes « correctes mais pas exceptionnelles », selon un responsable d’Edistat.

Bref, on est encore loin d’un best-seller.

IMAGE TIRÉE DE L’INTERNET

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