Il y a plusieurs portes par lesquelles on peut entrer dans le nouveau roman de Marie Darrieussecq : la crise des migrants est la principale, bien sûr, puisque La Mer à l’envers, c’est la rencontre entre Rose (les fidèles de l’écrivaine se souviendront d’elle dans le roman Clèves), une psy bourgeoise bohème en crise existentielle, et Younès, un jeune Nigérien ayant fui son pays pour une vie meilleure en Angleterre.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

Tout dans cette rencontre est de l’ordre des contrastes et de la critique sociale : Rose fait une croisière sur un de ces immenses paquebots qui font la manchette ces jours-ci à cause de leur démesure.

Elle y est avec ses deux enfants, avec qui la communication est difficile, afin de se reposer et de réfléchir à l’avenir de son couple qui bat de l’aile. Bref, Rose est l’incarnation de l’Occidentale qui a le temps, le luxe de « prendre du temps pour soi ».

Quand le paquebot de croisière recueille un groupe de migrants à la dérive, Rose ne peut plus rester indifférente. Sans trop réfléchir, elle tend à Younès le cellulaire de son fils. Ce téléphone sera le lien qui unira désormais leurs destinées.

À travers cette rencontre, l’auteure nous parle de l’ambiguïté des Occidentaux face à la crise migratoire, de notre culpabilité chronique, du déséquilibre des ressources sur la planète, de surconsommation et d’inégalités flagrantes.

Mais il y a d’autres portes par lesquelles on peut pénétrer dans ce texte sensible et si humain de Marie Darrieussecq. Ce roman parle aussi de la maternité, du couple, de la famille, de notre difficulté à communiquer malgré nos outils technologiques. Il parle aussi, en filigrane, de cette responsabilité que ressentent les femmes à devoir « sauver » le monde avec un grand M.

Enfin, La Mer à l’envers parle aussi de magie, car il y a toujours un petit côté fantastique aux histoires de Darrieussecq. Rose est une psychologue non conventionnelle. Elle a des pouvoirs particuliers, elle est un peu sorcière.

À travers elle, Darrieussecq laisse peut-être supposer qu’il faut nous reconnecter à une part plus sensible de nous-mêmes si nous voulons sauver cette planète et cette civilisation qui semble courir à sa perte.

★★★★ La Mer à l’envers. Marie Darrieussecq. P.O.L.