(New York et Washington) La grande romancière Toni Morrison, seule auteure afro-américaine à avoir reçu le prix Nobel de littérature, est morte lundi soir à l’âge de 88 ans.  

Peter HUTCHISON et Sébastien BLANC
Agence France-Presse

«Toni Morrison est décédée paisiblement la nuit dernière, entourée de sa famille et de ses amis», a annoncé mardi sa famille dans un communiqué.

Le texte indique que l’écrivaine, également lauréate du prix Pulitzer, est décédée dans un hôpital new-yorkais à l’issue d’une courte maladie, sans préciser laquelle.

Descendante d’une famille d’esclaves, Mme Morrison est connue pour avoir donné une visibilité littéraire aux Noirs et s’être imposée comme un phare de la culture afro-américaine.

Romancière, éditrice, librettiste…

Cette brillante universitaire a écrit 11 romans sur une période couvrant six décennies, mais également des essais, des livres pour enfants, deux pièces de théâtre et même un livret d’opéra. Elle a aussi œuvré comme critique littéraire et éditrice.

L’ex-président Barack Obama lui a rendu mardi un vibrant hommage, la qualifiant dans un tweet de «trésor national».

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Toni Morrison et Barack Obama, en 2012.

«Son écriture représentait un superbe et profond défi à notre conscience et à notre imagination morale», a écrit l’ancien président, qui avait décerné la prestigieuse médaille de la Liberté à la romancière lors d’une cérémonie à la Maison-Blanche le 29 mai 2012.

Toni Morrison a exploré toute l’histoire des Noirs américains depuis leur mise en esclavage jusqu’à leur émancipation dans la société actuelle.

«Ses récits et sa prose captivante ont laissé une empreinte indélébile sur notre culture», a réagi Sonny Mehta, président de la maison d’édition Knopf, basée à New York et faisant partie du groupe Random House.

Auteure notamment des romans The Bluest Eye (1970), Sula (1973) et Song of Solomon (1977), Toni Morrison a grandement élargi sa notoriété internationale avec Beloved (1987), prix Pulitzer, qui effectue une plongée dans l’univers des Afro-Américains au XIXe siècle.

«Devoir d’écrire»

Lauréate du prix Nobel de littérature en 1993, Toni Morrison était également une «mère, grand-mère et tante extrêmement dévouée, qui adorait être en compagnie de sa famille et de ses amis», a rappelé le communiqué familial.

AP

Toni Morrison lors de la parution de son roman Beloved, à New York, en 1987.

«Nous avons perdu l’une de nos plus grandes voix et l’un de nos plus grands conteurs», a commenté l’élue démocrate Kamala Harris, candidate à la présidentielle de 2020. «Son œuvre nous a donné élan, espoir et liberté».  

Parmi les admirateurs de Toni Morrison figure l’animatrice de télévision Oprah Winfrey, personnalité incontournable de la communauté afro-américaine.  

«Merci, Toni Morrison, pour la beauté que vous avez dévoilée dans notre monde», a de son côté tweeté mardi Tim Cook, le patron d’Apple.  

Mme Morrison avait le sens de la formule, dont celle-ci, qui est restée célèbre : «S’il y a un livre que vous aimeriez lire, mais qui n’a pas encore été écrit, alors c’est votre devoir de l’écrire».