C’est cette semaine qu’arrive en librairie la suite, tant attendue, de Sex and the City (SATC). Vingt ans après les trentenaires célibataires, voici les quinquagénaires divorcées, nouvelles héroïnes du roman autobiographique et habilement titré : Is There Still Sex in the City ?. Nous l’avons lu pour vous. Résumé, analyse, et effet escompté.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Il fallait s’y attendre : assumées et spontanées, ces femmes mûres ici mises en scène par Candace Bushnell n’ont évidemment pas le vécu attendu (du moins pas dans l’imaginaire de notre culture populaire). Oubliez l’isolement ou la retraite dorée. Pensez : insécurités variées, vie sexuelle active, questionnements existentiels (et superficiels), le tout saupoudré d’une bonne dose de légèreté, et de solidarité entre femmes séparées.

Mais précisons-le d’emblée : non, Is There Still Sex in the City ? n’est pas la suite à proprement parler de SATC. Faites tout de suite le deuil de Carrie, Charlotte, Miranda et Samantha, les héroïnes de la cultissime série de HBO, dont le tout premier épisode remonte tout de même à plus de 20 ans maintenant. On ne sait pas si c’est à cause de la guerre ouverte entre les actrices (pour des questions de cachets, guerre qui continue à faire les manchettes des journaux à potins) ou de l’échec avoué des films qui ont suivi la série, mais toujours est-il que Candace Bushnell (l’auteure à qui l’on doit les chroniques, réunies en livre, adapté en série, bref, la femme derrière Carrie, si vous voulez) nous arrive ici avec de tout nouveaux personnages : roman écrit au « je », comme à son habitude, dans lequel elle est maintenant entourée de ses amies que sont Sassy, Marilyn, Queenie, Kitty et Tilda Tia. Toutes divorcées. Mais aussi en forme. Actives. Avec un passé, mais aussi un avenir.

Deuxième (semi) deuil : oubliez aussi Manhattan. Ou du moins partiellement. Dès les premières lignes, l’auteure déclare en effet qu’avec l’âge vient aussi une certaine sagesse. Ou une désillusion. Désillusion face au mariage (elle vient de divorcer, faut-il le rappeler), à l’amour, même face à… sa ville. Elle quitte donc (ou partiellement du moins) son Upper East Side adoré pour The Village, enclave cossue qu’on imagine dans les Hamptons ou quelque part dans les environs. On comprend que l’univers demeure ici campé dans un monde plutôt friqué, même si le divorce a causé une solide débarque (financière et de statut) au personnage principal (qui a perdu son toit, son standing, sa vie, quoi).

Va pour les mauvaises nouvelles. Maintenant, les bonnes.

D’entrée de jeu, on se retrouve ici dans un univers familier. Car même si les personnages sont nouveaux, les enjeux, évidemment différents, puisque la vie a suivi son cours, l’auteure, sa plume, son ton, ses questions, tout ça n’a pas changé.

Si vous avez aimé Carrie, vous aurez ici sans nul doute l’impression de la retrouver. Tout y est (Big en moins, MNB, soit My New Boyfriend, en plus). Même ses éternels questionnements (et son fameux « I couldn’t help but wonder ») reviennent par moments. Pour cause. La vie à 50 ans est loin d’être linéaire, limpide ou tranquille.

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C’est précisément ce que démontre l’auteure, dans un livre sans prétention littéraire, qui se lit plutôt comme une série de chroniques. Au menu : Tinder à 50 ans (et la triste ironie d’une appli qui décide par défaut qu’on s’intéresse aux hommes plus vieux) ; le phénomène des « cubs » (l’envers de la cougar, si vous voulez, quand ce sont les jeunes hommes qui chassent les femmes plus âgées) ; ou le traitement Mona Lisa (un traitement au laser qui vise un resserrement du vagin, cadeau que font apparemment certains hommes à leurs femmes d’un certain âge). Le tout dans un contexte de crise de la cinquantaine, de deuil, mais aussi d’amitié, d’humour et d’amour, toujours…

L’effet du petit écran

Il fallait aussi s’y attendre : l’arrivée de ce nouveau livre à peine annoncée, on apprenait qu’il serait porté au petit écran. Paramount Television en a acheté les droits, selon Deadline, la bible du potin à Hollywood, et Candace Bushnell rédigerait elle-même le pilote. On n’en sait pas plus, mais les attentes sont immenses. Tirant profit du succès de la série originale (SATC), Nicole Clemens, présidente de Paramount TV, a rappelé à quel point elle avait eu un impact « révolutionnaire ». « Nous sommes ravis de poursuivre la discussion avec des femmes de 50 ans, un point de vue sous-représenté, et de répondre : Oui ! Et il y a encore plus de sexe [there is more sex in the city !] », rapporte le magazine Cosmopolitan.

De l’avis de plusieurs, SATC a en effet révolutionné la façon dont les femmes, leurs désirs et leurs ambitions (personnelles, professionnelles et sexuelles) sont représentés à l’écran. Cette pseudo-suite, signée par la même auteure à succès, pourrait-elle avoir un écho semblable ? La question se pose. Chose certaine, la visibilité inédite des femmes de 50 ans et plus est manifestement d’actualité. Le Wall Street Journal y a consacré récemment un long article (The New Rules of Middle Age, Written by Women), citant entre autres Melinda Gates, Michelle Obama et… Candace Bushnell. « Nous n’allons pas jouer notre cinquantaine comme tout le monde nous dit de le faire », répète l’auteure de SATC. Fini le temps où la femme de 50 ans était en retrait. Sur le déclin. Qu’on se le dise.

Plusieurs s’en félicitent, à commencer par la sexologue de Vancouver Renée Lanctôt. « Il faut normaliser le fait qu’à 50 ans, on est loin d’être désuet… sexuellement ! », croit celle qui voit passer plusieurs femmes autonomes, actives, festives, qui prennent soin de leur corps et qui « continuent à vivre » dans son cabinet. « Parce qu’on n’arrête pas de vivre à 50 ans ! »

N’empêche qu’on voit toujours bien peu de femmes plus âgées « vivre » ainsi à la télé. C’est notoire. « Il y a une difficulté du milieu à mettre en scène des corps de différentes tranches d’âge, confirme Julie Ravary-Pilon, stagiaire postdoctorante à l’Institut de recherches et d’études féministes à l’UQAM, spécialisée en culture populaire. Les actrices (plus âgées), on leur propose moins de rôles. On s’intéresse moins à leurs récits de vie. » Or ces femmes qu’on lit, écoute et regarde depuis 20 ans, ces Susan Sarandon ou Helen Mirren, ont aujourd’hui vieilli. D’où cette présence soudaine et inusitée, laquelle s’inscrit dans une « évolution du combat des femmes, analyse-t-elle. Cela fait en sorte qu’aujourd’hui, un plus grand groupe de femmes veut prendre sa place, veut être représenté dans tous les aspects de sa vie »... Lire : publics, mais aussi privés.

Un bémol : on a beaucoup reproché, avec les années, le manque de diversité de la série SATC. Is There Still Sex in the City ? saura-t-elle mieux faire ? « On se le souhaite », conclut Julie Ravary-Pilon, qui espère ici des corps et des physiques plus variés, des orientations sexuelles diversifiées, en osant, pourquoi pas… la nudité. « Il n’y a pas de raison de censurer un corps qui n’est pas en lien avec le stéréotype de la jeunesse », conclut-elle. Osera, osera pas ? À suivre…

Is There Still Sex in the City ? Candace Bushnell House of Anansi Press Inc. 258 pages Arrive en librairie le 6 août En anglais seulement