Les polars ont la réputation de rendre complètement accro — et c’est peu exagéré que de le dire puisque les lecteurs du genre sont généralement très fidèles. Qu’elles se passent près de chez nous ou sous des cieux aux noms imprononçables, les histoires de crimes peuvent séduire même les lecteurs ne s’étant jamais aventurés en terrain policier. Petit guide pour ceux qui pourraient y plonger.

Laila Maalouf Laila Maalouf
La Presse

« Avant de recommander un polar, je commence toujours par m’informer de ce que le lecteur recherche », affirme André Bernier, libraire chez L’Option, à La Pocatière, et grand amateur du genre. « Il y a du polar plus raide, plus violent, plus dépaysant… Des fois, les noms de personnes peuvent rebuter. Mais les polars sont une belle porte d’entrée sur d’autres sociétés », note-t-il.

Une chose est certaine, le polar s’est diversifié. Et il y en a pour tous les goûts. Après la mode des romans noirs, la nouvelle tendance serait aux « cozy mysteries », des enquêtes un peu farfelues, quelquefois humoristiques, mais surtout dénuées de violence — et ce, même s’il est question de meurtres. C’est le cas, entre autres, des séries britanniques Agatha Raisin (de M.C. Beaton) et Son espionne royale (de Rhys Bowen), traduites en français depuis peu.

« Il fut un temps où, si on lisait les aventures du commissaire Maigret, par exemple, c’était un peu interchangeable… On avait l’impression que, de roman policier en roman policier, c’était toujours la même chose, alors que maintenant on n’est plus nécessairement dans la recette », affirme Christiane Lahaie, professeure de littérature et directrice du département des arts, langues et littératures de l’Université de Sherbrooke.

« Il y a des auteurs qui cherchent constamment à renouveler le genre tout en conservant ce qui est attrayant justement pour le lecteur : du suspense, des personnages attachants, probablement un enquêteur dont la vie privée est merdique mais qui est par ailleurs un fin limier », ajoute-t-elle.

Selon Mme Lahaie, les auteurs font de plus en plus preuve de recherche et d’innovation en créant notamment des personnages inédits. Et peu importe que ceux-ci brisent toutes les règles pour en arriver à leurs fins. « C’est ça qu’on aime ! », souligne-t-elle

« On a souvent l’impression que notre système de justice n’est pas adéquat, alors que dans les romans policiers, justice finit toujours par se faire. C’est très satisfaisant pour un lecteur de voir une ordure se faire prendre. C’est une catharsis nécessaire, à mon avis. »

Christiane Lahaie, professeure de littérature et directrice du département des arts, langues et littératures de l’Université de Sherbrooke

Des crimes près de chez nous

Si le polar nordique occupe une grande part des rayons de librairie depuis de nombreuses années, le Québec produit lui aussi son lot de crimes et d’enquêtes. Depuis 2001, le prix Saint-Pacôme du roman policier récompense le meilleur roman de l’année. Au fil des ans, il a été décerné à des auteurs comme André Jacques, Andrée A. Michaud, Luc Chartrand et Patrick Senécal — d’excellents points de départ pour les lecteurs qui préféreraient rester en terrain connu, croit André Bernier.

« Je pense que les gens aiment le polar sans le savoir », plaisante Louise Chamberland, présidente de la Société du roman policier de Saint-Pacôme et fervente lectrice du genre.

« Ce que j’aime, c’est que je participe à l’enquête et j’essaie de deviner ce qui va arriver. Ça me tient toujours en haleine par rapport à des romans d’atmosphère, par exemple, où c’est plus statique. Ça bouge beaucoup plus dans un polar », souligne-t-elle.

CINQ PISTES DE LECTURE

IMAGE FOURNIE PAR HÉLIOTROPE

Amqui, d’Éric Forbes

Des coups de cœur québécois

Amqui, premier roman d’Éric Forbes, est un incontournable, selon André Bernier. Il recommande aussi chaudement Terminal Grand Nord, d’Isabelle Lafortune, un autre premier roman paru cette année qui s’est démarqué.

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La série de Martin Michaud met en vedette l’enquêteur Victor Lessard.

Des séries pour s’accrocher

Louise Chamberland apprécie particulièrement les séries policières parce qu’elle peut retrouver ses héros favoris et suivre l’évolution de leur vie personnelle au fil de leurs enquêtes. Elle vante notamment la série de Martin Michaud mettant en vedette l’enquêteur Victor Lessard, celle de Johanne Seymour avec l’enquêteuse Kate McDougall, ainsi que celle d’André Jacques avec l’antiquaire Alexandre Jobin.

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Le crime de l’Orient-Express, d’Agatha Christie, classique à lire et à relire

Des classiques indémodables

Relire Agatha Christie et se laisser porter par la « magie » de sa plume est toujours un plaisir assuré pour André Bernier. Selon Christiane Lahaie, les énigmes d’Agatha Christie font partie de ces classiques qui ne se démodent pas et qui demeurent pertinents, à l’instar des romans d’Edgar Allan Poe (considéré comme le précurseur du polar), de Gaston Leroux et de Raymond Chandler, père du célèbre détective Philip Marlowe.

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Dis-moi qui doit mourir, de Marc-André Chabot

Une nouveauté pour sortir des sentiers battus

Le roman Dis-moi qui doit mourir, paru ce printemps et signé Marc-André Chabot, a particulièrement retenu l’attention d’André Bernier. Cette histoire d’un mafieux qui a une dette envers son sauveur et lui offre de tuer cinq personnes de son choix est d’une grande originalité, à son avis.

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1793, de Niklas Natt och Dag

Un polar historique

La découverte la plus récente d’André Bernier est 1793, du Suédois Niklas Natt och Dag. Un titre « dépaysant et violent » qui se passe en Suède à la fin du XVIIIe siècle et qui est du même calibre que les romans de Jussi Adler-Olsen et de Philip Kerr, tous deux d’excellents auteurs de polars historiques, selon le libraire.